l'abbé étel, prêtre réfractaire

 

  

1964

Notes sur l'émigration normande pendant la Révolution Française
Annales de Normandie, 14e année n°3, 1964

 

http://www.persee.fr

 

"(…) Restent les oisifs, ceux qui ont surtout cherché à subsister, à durer, comme Sieyés avait vécu pendant la Terreur.
Les Normands de cette espèce sont assez nombreux en Angleterre, où les prêtres réfractaires ont été, en général, très bien accueillis et secourus par le gouvernement ou les particuliers.
D'autres se sont fixés en Allemagne, tel
l'abbé Pétel, curé réfractaire de Saint-Léger-de-Boscdel près de Bernay (aujourd'hui Saint-Léger-de-Rôtes), qui a émigré en septembre 1792 et a vécu successivement à Marienberg, en Franconie, et à Constance (…)"

 

 

 

 

1868

La semaine religieuse du diocèse de Rouen - 1868

 

Source : http://gallica.bnf.fr

 

"Nous publions aujourd'hui les Mémoires manuscrits d'un prêtre dont le nom doit être cher à ce diocèse, bien qu'il ne lui ait pas appartenu, qui a raconté, en des pages émues, les douleurs et les privations de l'exil.

Quand ces Mémoires ne seraient que l'expression de souffrances et d'aventures particulières, ils seraient déjà d'un véritable intérêt. Mais ils ont une tout autre portée. Ils sont l'histoire même de ces dignes confesseurs de la foi, chassés de leur pays, traités en ennemis, dénoncés à la vindicte des lois les plus sanguinaires et les plus iniques, réduits à demander à la terre étrangère un abri et du pain. Ce que le prêtre dont nous relatons les souvenirs décrit si bien, tous ses compagnons l'ont éprouvé, et encore ceux-là étaient les plus favorisés. Sans parler des douze cents prêtres morts sur les pontons dans d'affreuses tortures, des centaines de prêtres exécutés sur l'échafaud, fusillés ou noyés dans les saturnales révolutionnaires, il en est un grand nombre qui succombèrent dans l'exil aux privations et à la douleur. Qu'on juge de leurs souffrances par le récit des plus favorisés.

 

acte de baptême de Sébastien Jean Honoré Pétel, le 29 octobre 1744, à Tostes (Eure)

"Du Jeudy 29e octobre au(dit) an (1744) a été baptisé par nous, pretre curé de Caudebec, un garçon né dhier, de et en légitime mariage de Sébastien Petel et de Marie Catherine Gonelle sa femme, nommé Sébastien Jean Honoré, par le s(ieur) Jean Petel, curé cy (dessus) nommé, assisté de Marguerite Lemetayer, parain et maraine ; laquelle a nommé l'enfant Sébastien et ont signé.
J. Petel, curé de Caudebec Marguerite Mettaier"

 

M. l'abbé Pétel, l'auteur des Mémoires que nous donnons à nos lecteurs, avait cinquante ans, lorsque commença la persécution. Il était curé de Saint-Léger, au diocèse d'Evreux, estimé de ses paroissiens, chéri de sa famille, qui était des plus honorables et des plus aisées, et dont le souvenir, on le verra, revient délicieusement et presque à chaque page sous sa plume. Il avait deux frères, dont l'un, prêtre, partagea fidèlement ses malheurs. Ce frère, homme d'une grande piété, d'un commerce agréable et d'une charité demeurée célèbre dans le pays, devint, après le Concordat, curé-doyen du Pont-de-l'Arche. M. l'abbé Pétel, l'écrivain, fut nommé, après l'exil, comme nous le dirons plus tard, curé de la Saussaye (…)

M. l'abbé Pétel commence ses Mémoires par expliquer les motifs qui les lui ont fait écrire. "Cette relation de plus de 1 800 lieues de courses" qu'il a faites, "sans en avoir le désir" et il ose bien dire "contre son gré", ne doit-il pas la raconter enfin pour "céder au vœu de ses parents et de ses amis ?" Cependant un doute lui vient : écoutez ces accents qui donnent de suite la mesure du cœur de ce digne prêtre et de ce bon fils : "Vous, mère si chère à mon cœur, vous à qui je dois bien plus que la vie, ne devrais-je pas craindre de rouvrir des plaies qui saignent encore, en retraçant à vos yeux nos malheurs ? Non, votre piété, votre patience, votre résignation me sont de sûrs garants que le détail de nos peines passées, loin de vous affliger, excitera dans votre âme le sentiment de la plus vive reconnaissance envers Dieu, puisque vous aimez à dire que c'est son bras tout-puissant qui nous a protégés, qui nous a conservés et qui a comblé vos vœux en nous rendant à vos prières."

M. Pétel explique ensuite pourquoi il a dû préférer l'exil au serment constitutionnel, et il trouve à ce sujet de nobles et fortes paroles que nous recommandons comme l'expression de l'opinion des prêtres fidèles de ce temps : "En prêtant serment à la constitution civile du clergé, il fallait reconnaître la supériorité des municipalités dans le gouvernement spirituel des diocèses ; convenir que les évêques seraient en quelque sorte assujettis à leurs vicaires ; approuver la destruction des ordres religieux ; que les laïques pouvaient à leur gré dépouiller un évêque de son siège (…)"

On voit, pour le dire en passant, que M. Pétel n'avait pas écrit ses Mémoires pour la postérité, mais uniquement pour sa famille, et à un âge assez avancé, dans le calme et la paix de ses souvenirs. On comprend l'intérêt qui s'attachait, après la Révolution, autour des vénérables prêtres revenus de l'exil. On se plaisait à les interroger, à leur faire raconter leurs souffrances et leurs voyages, à les entendre parler du passé ; car entre 1789 et 1802 il s'était écoulé un siècle et il s'était creusé un véritable abîme.

Dans les récits de ces pieux vieillards, on ne trouve jamais d'aigreur ni de passion. Ils parlent simplement et avec modestie d'eux-mêmes, et sans fiel de leurs persécuteurs. Ces Mémoires vont le prouver une fois de plus.

M. Pétel, après quelques préliminaires, commence en ces termes son récit : "Vous m'aviez vu jusqu'à cinquante ans aussi heureux qu'on peut l'être. C'est à cet âge où l'homme espère et cherche le repos qu'il plut à la Providence de me priver tout à coup de mon état, de ma fortune, de ma patrie, de nous arracher des bras d'une mère tendre et chérie, d'un frère notre meilleur ami, d'une sœur précieuse à notre cœur et à notre chère famille, de vous, chers enfants, tendres objets de notre complaisance.

"Le dimanche 27 aoust 1792, j'eus pour la dernière fois la consolation de célébrer la grand'messe et de chanter les vêpres à Saint-Léger, où j'avais repris mes fonctions en vertu d'une lettre que m'avait adressée le district de Bernay. Six mois après mon expulsion (1), une attaque de paralysie dont M. Béhuc, mon successeur constitutionnel, fut frappé, me valut cette faveur, qui est peut-être unique dans les fastes de la Révolution. Pendant que mes confrères gémissaient éloignés de leurs paroisses, je remplissais mon devoir dans la mienne. Mais les dix mois d'une si douce jouissance s'écoulèrent trop vite.

"Je partis le lundi 28, sur les trois heures du matin, pour Saint-Pierre, où je demeurai jusqu'au 8 de septembre. Ce fut le jour où je fis à ma bonne et trop sensible mère mes tristes adieux, que je répétai le lendemain à M. et à Mme de Saint-Léger. Là, MM. Regnault et Legoux, mes vicaires, mes frères et moi, prîmes une voiture pour Dieppe.

"Les massacres des prêtres à Paris (2) et à Gacey, ce qui s'était passé à Bernay, d'où environ trente gardes nationaux étaient venus à Saint-Léger aussitôt après mon départ pour se saisir de moi, m'avaient fait juger qu'il n'était pas prudent de m'adresser au district de Bernay pour avoir un passeport. Mes frères et moi nous en avions pris un à Saint-Pierre. Nous le fîmes viser à Rouen et à Dieppe. Notre voyage fut plus heureux que ne le comportaient les circonstances. Nous descendîmes de voiture à Dieppe sur les onze heures du soir. Le lendemain, à quatre heures du matin, nous nous rendîmes au port pour nous embarquer dans le paquebot d'un capitaine anglais que nous avions trouvé à notre auberge. Nous lui donnions 24 livres en argent ou 40 en assignats. Nous entendîmes quelques propos menaçants, mais l'arrivée d'un officier municipal qui, par un appel nominal, nous fit passer sur le vaisseau, nous mit à couvert de toute insulte. Je dois ici rendre hommage à la loyauté de MM. les officiers municipaux de Rouen et de Dieppe, qui, par l'honnêteté de leurs procédés, nous firent sentir l'intérêt que leur inspirait notre position" (…)

(1) M. l'abbé Pétel avait été remplacé dans sa cure, comme ayant refusé le serment, au commencement de 1791.

(2) Il s'agit des affreux massacres de septembre, où près de 300 prêtres furent immolés aux Carmes, à l'Abbaye, à Saint-Firmin, à la Force, avec des raffinements de cruauté dignes de ce temps.

MM. Pétel avaient avec eux un jeune prêtre vraiment admirable, que la Révolution surprit dans les modestes fonctions de vicaire de Saint Léger (district de Bernay), et qui contribua puissamment à adoucir, puis à embellir, le séjour des exilés à l'étranger. Voici le témoignage que lui rend M. Pétel : "Notre jeune ami nous rend tous les services que vous voudriez nous rendre ; il veille sur notre petit ménage avec autant de soin que pourraient le faire la sœur ou la mère la plus attentive. Nos fournisseurs, nos amis, nous-mêmes l'appelons du nom bien mérité de Padrone de la casa. Jugez s'il en est digne par l'échantillon de son savoir-faire. En Angleterre, il parlait anglais ; en Flandre, flamand ; en Allemagne, allemand ; mais il se surpasse en Italie, il parle étonnamment la langue italienne. Il achète pain, viande, fruits, légumes, toile, étoffe, laine, fil, etc, etc. Il est au courant de tous les marchés. Est-il question de cuisine ? Sans avoir toutes les ressources d'un cuisinier français, il nous nourrit très bien. Manquons-nous de chemises ? Il les taille, il les coud. Nos habits sont-ils usés ? Il fait mieux que les raccommoder, il en fait des neufs. Les vestes, les culottes, les bas, jusqu'aux chaussons, tout est de son ressort. L'aiguille et le tricot lui sont également familiers. Combien de fois l'avons-nous vu se priver d'une promenade qui l'aurait amusé, pour avoir le plaisir d'obliger de malheureux confrères, et cela dans tous les pays où nous avons vécu ! Il a même habillé plusieurs évêques" (…)

Cependant les événements prenaient en France une tournure plus favorable. Les lettres que les exilés recevaient de la patrie leur en montraient l'accès possible, et les invitaient au retour. Pas n'était besoin de beaucoup de sollicitations pour déterminer MM. Pétel à rentrer en France. C'était le vœu le plus ardent de leur cœur. Quinze mois s'étaient écoulés à Vicenze, quinze mois de pure et sereine félicité. Mais qu'est-ce que le bonheur sur la terre étrangère ? La patrie semblait ouverte aux exilés, ils se décidèrent à y rentrer. Les préparatifs de départ furent vite faits. "Nous devions à M. l'Evêque de Langres, dit notre narrateur, le bonheur dont nous jouissions depuis quinze mois. Nous nous eûmes obligés, M. Regnault et moi, de lui faire une visite pour lui adresser nos remerciements et nos adieux, et prendre ses commissions pour la France où nous avions l'espoir de rentrer bientôt. Nous nous rendîmes donc à Padoue, où il demeurait. M. de la Luzerne nous reçut avec sa bonté ordinaire. Il nous fit entrer seuls avec lui dans son cabinet, et nous jouîmes pendant plus de deux heures de la conversation de ce savant et respectable prélat. Les grands vicaires, nos confrères et amis, nous firent voir toutes les beautés de la ville. Nous n'y passâmes qu'un jour et nous retournâmes le lendemain à Vicenze."

C'est ainsi que se terminent les Mémoires de M. l'abbé Pétel. Nos lecteurs ont dû les suivre avec intérêt, et admirer avec nous la bonté, la candeur et la dignité de cette âme sacerdotale, les qualités les plus aimables de l'esprit et du cœur qui resplendissent à travers toutes les pages de ce récit. Nous nous en séparons à regret. Les natures loyales et tendres deviennent de plus en plus rares. On repose volontiers la vue sur de tels souvenirs.

Ce que devint M. Pétel après sa rentrée à Saint-Léger, nous avons cherché à le découvrir, non sans peine, et nous le dirons en peu de mots.

Il eut d'abord à essuyer la persécution passagère qu'inaugura le coup d'Etat du 18 fructidor (septembre 1797). On sait, en effet, que les trois directeurs Barras, la Réveillère-Lépeaux et Rewbell, après un coup de main heureux, rendirent des arrêts de proscription contre tous ceux qui leur parurent suspects, et comprirent le clergé dans leur haine et leur persécution. On pensa revenir aux jours de la Terreur.

 

Paul François Jean Nicolas vicomte de Barras (1755-1829). Député à la Convention, il vota la mort de Louis XVI. C'est l’un des hommes-clés de la transition vers le Directoire, dont il devient l'un des Directeurs.

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Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (1753-1824) exerça son activité pendant la période de la Révolution. Il fut l'un des cinq premiers Directeurs du Directoire, ainsi que député de Maine-et-Loire.

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Jean-François Rewbell (1747-1807) combattit les Royalistes. Il fut lui aussi élu Directeur du Directoire. Il fit entre autres annexer à la France la Belgique et la rive gauche du Rhin, et initia l'invasion de la Suisse.

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Le 18 brumaire (novembre 1799) rendit la paix en mettant fin à l'anarchie. M. Pétel ne resta pas à la cure de Saint-Léger après le Concordat. Il se retira à la Saussaye, avec son frère M. Amable Pétel, dont il a été question dans les Mémoires, et qui fut pourvu en 1802 de cette cure. M. Honoré Pétel, l'auteur des Mémoires, aidait humblement son plus jeune frère dans les travaux du ministère, lorsque celui-ci fut appelé en juillet 1812 à la cure de Pont-de-l'Arche, vacante par le décès de M. Marie-Joseph-Alexandre le Visse de Montigny, licencié en théologie, prêtre distingué autant que vénérable. M. Amable Pétel administra la paroisse de Pont-de-l'Arche pendant cinq ans avec zèle, prudence et douceur, et s'endormit dans le Seigneur le 28 novembre 1817, à l'âge de soixante-sept ans.

Le troisième frère de M. Pétel était en 1812 curé de la succursale de Fouqueville. Quant à notre auteur, M. Honoré Pétel, il remplaça son frère dans la cure de la Saussaye, où il continua d'édifier les fidèles par la sainteté de sa vie et la sagesse de sa doctrine, jusqu'au 22 décembre 1816.

Il avait alors soixante-douze ans. Appelé en toute hâte auprès d'un malade à Thuit-Anger par un temps affreux, il y courut et y gagna la mort. Au retour, il se coucha pour ne plus se relever. Il était réservé à ce confesseur de la foi de mourir dans l'accomplissement de son ministère et dans l'exercice de la charité : digne fin d'une telle vie. M. Honoré Pétel fut enterré, ainsi que presque tous les membres de sa famille, à Saint-Pierre-des-Cercueils. C'est là que repose ce bon et fidèle serviteur que le Maître sans doute a depuis longtemps appelé à partager sa félicité."

 

acte de décès de Sébastien Jean Honoré Pétel, le 29 octobre 1744, à Tostes (Eure)

"Aujourd'hui lundi vingt-trois décembre mil huit cent seize, par devant nous soussigné, adjoint à la mairie de Saint Martin la Corneille, canton de Tourville (1), arrondissement de Louviers, département de l'Eure, chargé par délégation des fonctions d'officier de l'état-civil, quatre heures après midi ; sont comparus les sieurs
- Jean Sébastien Félix Pétel, âgé de trente-cinq ans, cultivateur domicilié en la commune de Saint Pierre des Cercueils, de ce canton, et
- Louis Mouchard, tondeur de draps en la manufacture d'Elbeuf sur Seine, âgé de quarante-sept ans, demeurant en cette commune ;
lesquels nous ont déclaré que le jour d'hier, neuf heures & demie du soir, M. Sébastien Jean Honoré Pétel, oncle du comparant, prêtre desservant l'église succursale de La Saussaye, dépendant de cette dite commune, fils de feu Sébastien Pétel & de feue Catherine Bonel, âgé de soixante-douze ans, né en la commune de Tôte (2), près Louviers, était décédé en sa maison presbitérale.
Après nous être assuré du décès dudit Sieur Sébastien Jean Honoré Pétel, nous en avons dressé le présent acte signé des dits comparants et de nous après lecture faite.
Louis Mouchard S . Pétel J.A Jorre, adjoint"

(1) aujourd'hui Tourville la Rivière
(2) c'est la commune de Tostes

 

 

 Merci à Michel Guironnet pour son aide précieuse http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?auteur20

 

 

cahier des plaintes et doléances - 1789
les bruyères de Saint Léger

 

 

 erci de fermer l'grandissement sinon.

 

 

 

http://www.stleger.info