la loire des leuets

 

 

"Ma chère fiancée,
J'ai reçu ta lettre ce matin, juste au moment de partir et je t'en remercie beaucoup. Mais contrairement à ce que tu me dis, il y a plus de grabuge qu'on ne le pense.
Nous allons en ce moment sur la frontière, et pour la première étape, nous nous sommes enfoncés de 70 kilomètres, nous sommes arrivés à 4 h du soir et nous repartons à 2 h du matin sur Verdun. Mais heureusement nous sommes des gais et joliment bien équipés, ça serait malheureux de laisser ça là.
Le plus pénible pour moi, ça a été les pauvres cultivateurs qui sont venus apporter le matin tous leurs chevaux réquisitionnés et qui s'en retournaient avec le licol en pleurant.
Dans tous les pays où nous passons c'est le même trafic, des pleurs partout."

 

 

 

 

Ce livre a été réalisé par Sylvie Duquesne, qui possède un bien de famille à St-Léger. Résidant en région parisienne, Sylvie revient fréquemment au village, étant par ailleurs très impliquée dans la vie associative de celui-ci ainsi que dans celle de la Vallée du Toulourenc. Son ouvrage est constitué d’un recueil de lettres échangées entre son grand-père René Duquesne et sa fiancée Germaine (devenue la grand-mère de Sylvie) alors qu’il était dans les tranchées durant la première guerre mondiale.
Sylvie explique : "Mon grand-père est né à Penchard, petite localité à côté de Meaux où se trouve encore beaucoup de sa famille. Il résida toute sa vie à Paris XIIe. Je suis moi-même née et ai vécu à Paris toute ma vie. J’ai travaillé chez "Dior Parfums" pendant 37 ans en tant que designer. Ma grand-mère était une fille Maillet, originaire de St-Léger. L’enfant qui naît à la fin du livre était mon père, Pierre Duquesne qui fut architecte décorateur dans le cinéma. Ses plans et photos de décors se trouvent à la cinémathèque de Bercy. C’est dans un grand carton que j’ai pu récupérer les lettres de mon grand-père classées par année. J’ai dédié mon livre à mon fils, Benjamin Reiss."
Exceptionnelle et touchante, cette correspondance entre un soldat et la femme qu’il aime… Plus particulièrement, c’est le ton même du combattant qui étonne tout au long de ces lettres, mêlant légèreté et gravité, ironie et lassitude, terribles nouvelles et espérances de retrouvailles prochaines. Comme s’il s’agissait, finalement, de dédramatiser la situation présente pour mieux se projeter dans un devenir que l’on veut clément. En cela, "La Gloire des Bleuets" nous immerge, de manière saisissante et bouleversante, au sein d’une jeune génération française qui vit ses projets toujours retardés et mis entre parenthèses à cause du premier conflit du XXe siècle.

Cet ouvrage est édité par la Société des Ecrivains www.societedesecrivains.com - 358 pages - 24,95
Lu sur
http://www.e-tribune.fr - janvier 2015

 

 

 

 

 

1914

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

René Duquesne

 

 

Sylvie nous a fait parvenir quelques extraits. Merci, Sylvie !

 

LES TRANCHÉES

16 octobre 1917 : "Nous avons eu un sale coup cette nuit. Nous avons reçu des gaz et comme j'étais couché, aussitôt prévenu, sans lumière, je crois sauter sur mes allumettes et mon masque. Impossible de les trouver. Je sentais les gaz envahir l'abri, déjà mes yeux pleuraient et je toussais dur. Finalement j'ai tout de même eu mon masque. Tu penses si le temps semble long dans des coups comme cela. Enfin, tout s'est bien passé, mais tu parles d'une frousse ! Je crois que je ne serais plus pris maintenant !"

"Tout s'éboule, on est que de boue !"

"Nous avançons de quelques tranchées de temps en temps, comme cela jusqu'à Berlin. En voilà pour 10 ans, à nous tout le bonheur !"

"4 kilomètres de boyaux et tu parles de quelque chose ! Je n'ai jamais vu cela. De la boue collante au-dessus des genoux au point qu'il fallait se mettre à 3 pour arracher un homme de là-dedans."

"Je t"assure que ce n'est pas rigolo. Rester là-dedans, jours et nuits, jusqu'à 5 jours. Même pas de place pour se redresser. Nous qui sommes grands avons de bien tristes positions, mais on s'y résoud. Les balles qui sifflent au-dessus de vous obligent à baisser la tête et on s'apprend à faire vite le coup de feu. Chacun se gare du mieux qu'il peut."

 

LE CAFARD

25 février 1916 : "Je me dégoute de plus en plus de cette vie là. Vivement que tout cela finisse."

18 avril 1918 : "Le temps me semble horriblement long, et par tous ces jours où ils nous laissent à peu près tranquilles les idées voyagent, le cafard reste, c'est bien dur."

 

LA RÉVOLTE

"Ils y allaient un peu fort, classes à pied à travers les champs au pas de gymnastique dans les labours gelés,où l'on se tord les pieds avec tout notre matériel. En fait d'entraînement, c'est plutôt de l'abrutissage."

19 avril 1917 : "Tu sais, j'en ai marre, s'ils sont pour faire quelque chose, qu'ils se dépêchent et que ce soit fini."

 

L'ÉMOTION

"La moitié des poilus du peloton se trouvent gentiment remerciés par leur bonne amie ou fiancée. Sous prétexte qu'elles trouvent le temps long ou autre chose dans ce genre là. Heureusement qu'ils ne sont pas bileux et que veux tu, c'est la guerre."

29 novembre 1917 : "Toutes les tranchées s'écroulent, on a à peine fini d'un bout qu'il faut recommencer de l'autre, et comme c'est un travail qu'on ne peut faire que la nuit, nous les passons presque toutes à la belle étoile. Je regarde si je vois la nôtre, mais comme à chaque instant le temps est maussade, il me la cache toujours."

"Un gros bécot sur ta bouche, tu t'essuieras car je ne me suis pas lavé depuis mon départ aux tranchées."

 

  

la classe de ulia à Saint-Léger (1918-1942)

erci de fermer l'agrandissement sinon.

 

 

 

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