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L'if est aussi, dans l'ancienne
croyance, associée à l'immortalité, du fait de
sa longévité et de son caractère "sempervirens"
(toujours vert) qui restaient des marqueurs pour les anciens.
Certains spécialistes le comparent au cyprès pour les
Romains. Il était déjà, il faut le rappeler,
considéré comme un arbre sacré pour les Celtes
(Xe au IIIe siècle avant J.C.) et on dit même que les
baguettes des druides étaient faites en if. Il apparait aussi
dans la mythologie scandinave. Le bois de l'If était
recherché depuis le moyen âge pour fabriquer des armes
comme les arcs qui furent utilisés à la bataille
d'Hastings en 1066 ou par les archers anglais pendant la guerre de
cent ans. Ce qui contribua en partie à sa disparition dans les
campagnes. Il fit l'objet de tout temps d'une
protection attentive des habitants, comme à Servigny où
les habitants en 1789 intentèrent un procès qu'ils
gagnèrent au curé qui avait fait abattre l'if du
cimetière. l'if du
cimetière de St Léger Certains expliquent que les ifs
étaient plantés près des portes des
églises, c'est le cas à Saint Léger et à
Saint Ursin, et que l'on enterrait souvent les curés à
leurs pieds. Force est de constater que c'est effectivement souvent
le cas pour ce qui est leur position dans le cimetière, mais
pour ce qui est de l'inhumation des curés, ce n'est pas
vraiment vérifié. La plantation d'un if avait la
réputation de chasser les miasmes (odeurs nuisibles) qu'il
pouvait y avoir en raison du fait que les corps étaient
enterrés sans cercueil jusqu'à la fin du XVIIIe
siècle. On prétendait aussi qu'il protégeait
aussi contre la peste. A Saint Léger, nous
connaissons précisément la date où cet arbre fut
planté grâce au curé Prosper Guilbert qui
écrivit, à la demande de son évêque
Monseigneur Bravard, le texte de la conférence
ecclésiastique de 1865/1866 (chapitre1 art. 5). En voici donc
l'histoire : "Après la tentative infructueuse des
Vendéens ou Chouans qui, de concert avec les Anglais, avaient
essayé de s'emparer du port de Granville, quelques-uns d'entre
eux, au retour, passèrent par Saint Léger et
contraignirent une pauvre femme à abattre l'arbre dit de la
Liberté. La malheureuse, effrayée par leurs
menaces, faillit perdre la raison. Mais après leur passage, un
patriote nommé Pierre Godard, craignant qu'il ne
résultât de la disparition de cet arbre quelque vexation
pour la commune, le fit remplacer par un arbre vert, par un if qui
existe encore actuellement dans le cimetière." A Saint Aubin des Préaux, les
vendéens restèrent deux jours d'après un
écrit de l'abbé Yver : "Ils y avaient
réquisitionné blé, farine, cidre, bois, et
provisions de toutes sortes, y compris bétail et des
chevaux
Ils scièrent l'arbre de la Liberté qui
fut remplacé en janvier 1794 par un peuplier. Celui-ci fut
à nouveau détruit le 10 avril 1795 vers 2h du matin ;
des individus tirèrent trois coups de fusil et
s'emparèrent du bonnet phrygien et de sa hampe. Un
troisième arbre fut planté qui a survécu
jusqu'en 1950." Nous ne savons pas quel était
l'espèce (chêne, platane, peuplier
) d'arbre de la
Liberté planté à Saint Léger et abattu
auparavant, mais sa plantation devait être récente car
c'est surtout à partir de 1792 que se multiplièrent les
plantations de ces arbres dans les communes. En début 1793 fut
planté un chêne à Bouillon. Celui de Saint Ursin aurait, dit-on,
plus de 1000 ans et nous pensons qu'il aurait pu être
planté par Guillaume Patry qui est mentionné dans le
cartulaire de l'abbaye du Mont Saint Michel comme ayant usurpé
la terre de Saint Ursin. Patrick Lahuppe -
"Histoire de Saint-Léger" (2025)

Il permettait d'éviter la divagation des bestiaux dans le
cimetière, assez fréquente au cours des siècles,
parce que l'ingestion de son feuillage étant mortel pour eux,
les habitants se gardaient bien de prendre le risque qu'ils puissent
s'intoxiquer.
Au sujet de sa toxicité, certains historiens indiquaient que
les chefs gaulois se seraient suicidés (dixit César)
avec un poison à base d'if. La toxicité de l'arbre est
certaine mais des mythes et légendes sont venus amplifier ce
caractère particulier et entourer l'arbre d'une forme de
crainte et de respect.
Précisons que le patriote en question était le
grand-père de Prosper Guilbert.
Notre if a été planté dans le cimetière
en hiver 1793 car c'est le 14 et 15 novembre que l'attaque a eu lieu
sur Granville. Son âge est de 231 ans en 2024.
Il se trouve que cette famille avait pour les ifs une certaine
attirance puisqu'un membre fit planter selon la légende deux
ifs devant l'église paroissiale de la Lande Patry avant de
partir pour la croisade.![]()