es vendanges en 1900, chez nou

 

 

 


3e Fête des Vendanges, le 23 septembre 2001
Outre St Léger de Montbrillais (!) étaient représentés ce jour-là
St Léger près Troyes, St Léger Carcagny, St Léger les Paray
St Lager Bressac, St Léger Magnazeix, St Léger de la Martinière
St Léger La Pallu, St Léger sous Cholet et St Léger de Montbrun.

 

Pendant un an, le vigneron a soigné sa vigne : labour à la houe, ou plus souvent binage au "pi" et à la "bigorne", taille de mars à la serpette, marcottage des nouées, provignage des vieilles souches, ébourgeonnage des gourmands, épointage à la petite faucille à dents en juillet, "accolage" et combien d'autres "façons" , de temps passé !...
Que de mal !

Enfin, voici la récompense : les premiers et les plus beaux raisins sont déposés sur l'hôtel de la vierge ; c'est le présent du vigneron, c'est aussi une véritable offrande de la terre promise dans certaines régions.
En Bourgogne, on lui donnait le nom de "Biou" ou "Biot".
Les vieilles femmes plaçaient les raisins en ornement devant les statuettes qui ornaient le pignon des granges et des maisons car il était dit que :

"La grappe à la nativité
Commence sa maturité."

 

Le raisin commence à "tourner", il se colore et les pampres chargées de fruits sont une bien grande tentation pour le maraudeur.
Aussi les vignerons en confient-ils la garde aux "messieurs".
Ceux-ci sont armés de "l'arbane", insigne de leur autorité.

Chacun s'affaire : on prépare ses outils, on nettoie, puis on "abreuve" à l'eau les hautes cuves de chêne cerclées de fer, dont les "douelles" se sont desséchées et disjointes depuis la vendange dernière, on aiguise les serpettes.

La maturité du raisin est, pour le maître des lieux, l'heure de faire sonner la cloche afin de prévenir les vignerons. C'est le "ban" des vendanges.
Le jour fixé, le tambour passe annoncer la nouvelle dans les rues du village et dans les hameaux.
Cette nouvelle a pour effet de faire converger vers la place du village vendangeurs et vendangeuses afin de donner sa "cuiller" comme gage d'embauche.
Le prix est débattu et accepté par les deux parties.

 le garde-champêtre

Les équipes de coupeurs se répandent dans les vignes, armés de serpettes et de ciseaux, la chanson aux lèvres.
Autant l'on est peu enthousiaste pour les rudes travaux des moissons, autant la vendange a le don de créer la fête.
Les gais lurons barbouillent le visage des filles de raisins pour mieux les débarbouiller ensuite de baisers.
On appelle cet honneur le "museau des vendanges".

le facteur, en bonne compagnie

C'en est fait, le raisin a vécu et il est allé du panier ou de la cassette à la hotte d'osier portée à dos d'hommes ou d'ânes à travers le vignoble jusqu'aux "cuettes" sur la charrette garée sur la "têtée".

Adieu la vigne, direction la cave !
Foulée, écrasée, la vendange se retrouve dans les cuves à larges flancs.

Comme pour les moissons, dans chaque région, la journée de vendange se termine par un plantureux repas.
Les grosses farces sont tolérées ces jours-là, contrairement aux repas des foins.
Tout le village profite de la fête.

A la cave, ce raisin va devenir vin. Pour faire le vin blanc, le raisin est entassé en "cep carré" , recouvert de madriers, puis pressé à l'aide du pressoir "Casse-cou" ou "Lanterne" déjà plus moderne.

Pour le vin rouge, la vendange est restée dans les cuves.
Deux à trois fois par jour, le vigneron contrôle sa cuve, en chasse le gaz carbonique avec une branche de feuillage.
Puis il installe deux pièces de bois, reposant sur les bords de la cuve, afin de se soutenir pendant le "foulage du marc" que la fermentation, déjà commencée, fait remonter dessus le "moût" .
Pantalon relevé, il sent, avec ses pieds nus, la chaleur du jus qu'il doit rafraîchir afin d'éviter que le marc ne s'échauffe et que le vin fini ait un mauvais goût, qu'il soit "éballé".
La fermentation atteint son maximum quand les moucherons apparaissent en essaims compacts au-dessus de la cuve.
Est venu le moment de tirer le vin.
La "canette" est déficelée et le vin vermeil jaillit à flot dans les baquets de bois ou "seilles".
Le jus est ensuite transporté dans les seaux vers les futailles alignées sur les chantiers de la cave.

l'orgue de barbarie

Dès le lendemain, le vigneron invite ses amis à venir goûter le divin liquide.
La maîtresse de la maison a eu soin de mettre sur le tonneau une serviette blanche et les plus beaux verres de son trousseau.
La tradition veut que pour bien déguster ce premier breuvage, dit la "goutte mère", il faut l'accompagner d'une bonne "miche" de pain, d'un fromage plein de "sentiments" et de noix ramassées l'automne dernier.

Il est limpide, sa robe est pleine de reflets, son goût franc, voire fruité, un peu "mâche".
Devant le verre, tous les superlatifs sont de sortie. Bon ou ayant goût de "cuve" ou de "râpe", on dira, tout simplement qu'il a "du terroir" et que, de toutes les façons, il fera tourner plus d'une tête.

Dès que la cuve a rendu sa dernière goutte, les vignerons chargent les râpes et autres résidus de la vendange et les transportent dans leurs hottes sur la "maie" du pressoir.
Là encore, la tradition veut qu'à la dernière hottée, la "javelle" de paille soit mise devant la bonde pour tamiser les pépins.
C'est le signe que la cuve est vidée "à fait" .
Sur ce marc, on entasse de lourds bois.
L'écrou de presse est mis en place et "l'enfant" descend, attiré par la vis, grosse comme un tronc de bois et actionnée par deux leviers que poussent les "mareux" qui tournent en rond.

N'oublions pas que quelques bouteilles, issues de ses pressées du début du siècle, voire d'années antérieures (1893), dorment encore dans l'ombre de certaines caves du coin, enfouies dans leur lit de "chapin".

les rouleurs de barriques

Chaque cave, chaque petit viticulteur avait son pressoir, le pressurage en commun était coutume courante.

Le vin du pressoir est moins bon que celui de la cuve.
Sur ce marc, on verse de l'eau pour que la dernière pressée donne la "piquette", boisson de tous les jours.

Ces durs travaux sont clôturés par un repas qui donne lieu à la fête. Le vin délie les langues... Poings sur la table pour rythmer les chansons, on hurle à forte voix :

"Toute chanson qui perd sa fin
Mérit' toujours un coup de vin."

Les vignerons ont pour patron St Vincent, St Paul et St Vernier

"S'il pleut à la St Vincent (22 janvier),
Le vin monte au sarment."

la Confrérie des Chevaliers du Bellay

 

 

La St Vincent de nos parents

De grand matin, les vignerons se rendent chez celui qui a la garde du "bâton de St Vincent".
En pénétrant dans la maison, chacun doit saluer la statue.
Le plus ancien fait l'appel de ses compagnons.
Alors, ils se mettent en route pour l'église.
Le vigneron "sortant" porte la bannière, le "prenant" porte le cierge de la confrérie.
Tous suivent à distance l'accordéoniste ou le "violoneux".
Après la messe, le bâton ou la statue de St Vincent est remis au vigneron "prenant".
La garde de cet objet est un honneur coûteux, car il doit honorer ce saint en invitant ses concitoyens, tous grands mangeurs et grands buveurs.
Les femmes de vignerons viennent lui demander des faveurs, il joue en quelque sorte le rôle d'un saint domestique.

l'intronisation dans la Confrérie

Dans certains villages, tout autre saint dormant dans quelque coin poussiéreux de l'église servait pour l'occasion de St Vincent.
Le livre à la main fut remplacé par une grappe de raisin pour ce "protecteur de la vigne".
Combien de bouteilles ont été déposées à ses pieds...?
Lui seul le sait et pourrait le dire.

Mais qui était donc ce St Vincent?

St Vincent, né à Huesca ou Sarragosse, mort en 304 à Valence (Espagne).
Le saint diacre fut insensible aux tortures que Dacien lui fit endurer : son corps fut déchiré par des crochets de fer, puis étendu sur un gril ardent, enfin jeté aux bêtes...
Rien, dans sa légende, ne le prédestinait à devenir le patron des vignerons, ne fût-ce un mauvais jeu de mots : dans Vincent, il y a "vin".

la St Vincent à Saix, commune voisine de St Léger de Montbrillais
le 25 janvier 1998

Les travaux de la vigne se règlent à la St-Martin (11 novembre).
Un dîner, dont le plat principal est "l'oie de la St-Martin", permet tout en mangeant de sceller le même pacte pour l'an qui vient. A cet événement, on goutte le vin nouveau car

"St Martin boit le bon vin
Et laisse l'eau courir au moulin."

Tous les travaux des champs et des vignes sont terminés.
On dit adieu aux beau jours, les derniers rayons de soleil viennent endormir la terre : c'est "l'été de la St Martin".
C'est la période des dernières foires, on va à "I'accueillage".
Quel moment pittoresque sur la place du marché, un jour de "louée" !

Ainsi s'écoule la vie du vigneron, de ses vendangeux et de ses mareux.
Là était la vie traditionnelle de nos viticulteurs...


Le repas traditionnel de fin de saison des vendanges était donc chez nous l'oie de la St Martin.
En voici une recette :

  • Prenez une belle oie (3 kg).
  • Préparez une farce à gratin composée, en quantités égales, de foie gras (300g) et de gorge de porc frais. Ajoutez-y des marrons cuits, bien fondants (150g) et des truffes, à défaut des morilles, en quantité égale.
  • De cette farce, farcissez l'oie que vous cuirez à la broche ; veillez à rendre la peau très croustillante.
  • Accompagnez l'oie de tartines de pain trempées dans le vin blanc nouveau, puis roulées dans de l'oeuf battu et frites au beurre jusqu'à ce qu'elles soient bien dorées.
  • Dégustez-la avec un vin nouveau de Saumur !

 

 

En apéritif, ce petit cocktail s'impose :

"LE VENDANGEUX"
  • 2/5 d'épine rouge (apéritif local : vin, eau de vie, sucre, pousses d'épines)
  • 3/5 de Gini
  • Une cuillère à soupe de liqueur citron

Servir très frais dans un verre à "bière" ; parfumer et décorer avec trois feuilles de menthe fraîche.

 

Cette page a pu être composée grâce à un groupe de Léodégariens
voulant faire aimer leur village
(3e Fête des Vendanges / 2001)

 

 

 

 

 

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