24 décembre 1708 - la mort du dernier des Boissimon

 

"La commune de Moyaux, sur les confins de l'Eure et du Calvados, constituait, sous l'ancien régime, une paroisse importante du Lieuvin (...) Les maisons régulièrement bâties autour de l'église et du cimetière ne comptaient pas moins de cinq cents habitants. Ce gros bourg, chef-lieu d'un arrondissement de 7 paroisses plus petites : Saint-Gervais d'Asnières, Piencourt, Fumichon, Firfol, Saint-Léger d'Ouillie, Hermival et le Pin, en représentait le moyeu ou, comme on disait autrefois, le moyau. Sept chemins, pareils à sept rayons, y aboutissaient. Une campagne plantureuse ; beaucoup de gibier, et du meilleur.
Son territoire s'illustrait de plusieurs fiefs ou terres nobles d'ancienne érection, parmi lesquels on distinguait, à un quart de lieu du bourg, le fief des Boissimon. Le manoir seigneurial de cette famille était entouré d'un large fossé, plein d'eau bourbeuse, qui est aujourd'hui comblé. Une petite chapelle, dans l'église, à la gauche du choeur, appartenait aux Boissimon qui l'avaient construite (...)

 

vieille cheminée du manoir de Boissimon

 

(...) Un siècle plus tard, en 1708, le seigneur de Boissimon était un célibataire, âgé de cinquante et quelques années, très aimé et très estimé dans le pays. Il avait plusieurs chevaux, une meute et des valets. Son hospitalité était large. Un parent pauvre, homme de vingt ou vingt-deux ans, M. de Marsilly, vivait à sa table. Ces signes extérieurs donnaient à la maison de M. de Boissimon les caractères de la richesse ; cependant, comme quelques-uns de ses congénères, l'honnête gentilhomme était besogneux ; ses fermiers le payaient mal, et les intérêts de ses dettes mangeaient ses revenus (...)

(...) Ce même jour, 24 de décembre, à huit heures du matin, quatre hommes avaient quitté- le château de Mailloc, à Bonneville-sur-Toucque, résidence de Mme de Saint-Julien. Deux de ces individus, les nommés Brière et Boëssel, étaient des soldats d'une compagnie appartenant au marquis de Saint-Julien-Mailloc, officier au service du roy. Faits prisonniers au mois d'août 1704, dans la désastreuse journée de Hochstaedt, ils étaient restés pendant quatre ans en Hollande. Le troisième, sorte de sergent recruteur, répondait au nom de Bellerose. Enfin, le quatrième, que ses camarades avaient décoré d'un nom de guerre, "La jeunesse ou La fortune", était nouvellement engagé. Bellerose l'appelait son soldat. Ces quatre croquants se proposaient d'aller à Saint-Léger-d'Ouillie réclamer, en force, au fermier de M. du Houlley, seigneur de la baronnie d'Ouillie, une petite somme d'argent qui, disaient-ils, était due à la recrue sur des gages anciens. Ils avaient mauvaise mine. C'étaient des figures ou des façons de soldats. L'un d'eux portait un fusil, un autre un pistolet, les deux autres des bâtons ; les vêtements de Brière et de Boëssel, qui n'avaient pas été renouvelés, gardaient les marques de leur longue captivité.

Pour aller de Bonneville-sur-Toucque à Saint-Léger-d'Ouillie, ces hommes devaient passer par Blangy, le Brèvedent, le Faulq, le Pin et Moyaux. Ils ne se pressaient pas et jalonnaient leur route par des mutineries. Ils tiraient sur les poules, sur les pigeons, causaient des attroupements, demandaient et se faisaient donner à boire. A Moyaux, ils étaient manifestement en état d'ébriété. Les trois anciens soldats chantaient ; le nouvel engagé pleurnichait. Ils entrèrent chez un nommé Morin, charpentier, qui, lui aussi, pour fêter la veille de Noël, s'était enivré. Quand ils sortirent de la maison de Morin, après d'autres libations, ils demandèrent le chemin de Ouillie ; on le leur indiqua ; mais à ce moment, ils se divisèrent. Celui qui portait un fusil, ayant perdu une des pièces de son arme, resta en arrière pour la chercher. Il était quatre heures du soir.

 

 

Cependant, du côté opposé, M. de Boissimon et ses deux amis débouchaient. L'ordre de leur marche n'était pas le même qu'au départ. M, de Boissimon s'avançait le premier, à pied ; M. de Marsilly suivait, chargé des deux fusils, également à pied ; et le jeune collégien montait la petite jument que M. de Boissimon lui avait prêtée.

Les deux troupes se croisèrent. Un chien s'étant mis à aboyer, l'un des soldats le frappa d'un coup de bâton qu'il accentua d'une parole grossière. M. de Boissimon, vêtu en Nemrod campagnard, que rien ne signalait extérieurement comme maître de la meute, pointa vers l'homme, lui dit de passer son chemin et le secoua rudement par le bras. Les deux camarades du soldat se rapprochèrent. M. de Marsilly vint au secours de M. de Boissimon ; une mêlée s'engagea. Comme les soldats se servaient de leurs bâtons, M. de Boissimon prit un fusil et l'arma. Le coup partit et roussit la manche d'un des agresseurs. Celui-ci, tirant alors de sa ceinture le pistolet dont il était porteur, le déchargea, à brûle-pourpoint, sur M. de Boissimon. Cette scène violente s'était accomplie très rapidement, sans que le jeune de la Morye, resté à cheval, y eut pris part. Les trois hommes, craignant qu'on ne fît usage, contre eux, des fusils de chasse, les emportèrent en fuyant vers Ouillie (...)

 

Suspense ! Pour lire la suite : http://www.bmlisieux.com/normandie/boissimo.htm

L'historique d'Ouilly du Houley ici : http://membres.lycos.fr/ribaudiens/historique.htm

 

 

 

 

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