une chapelle Saint-Léger à Serrières de Briord

janvier 2015

 

La chapelle Saint-Léger fut probablement érigée au 12e siècle, en tant qu'église paroissiale du village de Chambo où se trouvait la maison des chevaliers de Saint-Léger.
Quelque temps après la fondation de la
Chartreuse de Portes en 1115, Pierre de Saint-Léger céda aux Chartreux ce qu'il possédait dans les limites du désert de Portes. Il fut l'un des premiers bienfaiteurs du monastère.
Après lui, Hugues de Saint-Léger céda également aux Chartreux ses biens situés à Villebois, avant d'entreprendre le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.
A partir de 1141, les chevaliers de Saint-Léger disparaissent des textes, et leur territoire devient la propriété des seigneurs de Briord qui possédaient déjà Montagnieu et Briord.

 

la butte de Saint Léger et sa chapelle : une très longue histoire

 

L'histoire de la chapelle est très lacunaire. Le regain d'intérêt pour ce site à de quoi surprendre. Pourtant son histoire est très étroitement liée à l'évolution naturelle du Rhône et de son exploitation économique.
Cette zone correspond au lit majeur du fleuve que la Compagnie Nationale du Rhône a aménagé dès 1984 afin de réguler les crues et exploiter l'énergie hydro-électrique de la chute de Sault-Brénaz.
L'exploration archéologique préventive avant les travaux fut dirigée par la Direction des Antiquités en juillet 1984.
L'équipe de protohistoriens et historiens qui prospectaient le secteur de la butte de Saint-Léger découvrirent la très grande richesse archéologique du lieu après des fouilles extensives : il n'était plus question de faire passer le contre-canal au travers de la butte !

Aussi la Compagnie Nationale du Rhône élabora-t-elle un contre-projet pour protéger les 3 sites repérés :
- le gisement protohistorique des Barlières daté de la fin de l'âge de bronze (7 à 8 siècles avant JC)
- l'établissement gallo-romain des Terres Rondes ( -1 à 5 siècles après JC)
- les sites médiévaux de la chapelle de Saint-Léger et de Péniret (dès le 12e siècle)

La chapelle revenait en mémoire... Seulement elle était en ruine, envahie de lierre et enfouie sous les broussailles.
Les protecteurs du patrimoine et les historiens amateurs se lancèrent dans les recherches.

 

la chapelle Saint-Léger - été 2011

 

la chapelle Saint-Léger - été 2011

 

 

la Seigneurie de Briord

 

En 1147, Boson de Briord acquit les pâturages de Chambo suite à un échange avec les Chartreux.
En 1251, le chevalier Guillaume de Briord donna à la Chartreuse de Portes ses pâturages au port de Chambo, avec toute latitude pour les Chartreux de circuler et se servir de ce port sans péage.
A la même époque, les Chartreux obtinrent aussi un droit de pêche dans le lac de Saint-Léger auprès d'Humbert de la Tour, qui était le prince dominant le Bas-Bugey à l'époque.
En 1278, Soffrey de Briord rendit hommage au prince Humbert de la Tour pour sa maison et ses biens de Saint-Léger.
En 1397, Guillaume de Groslée vendit le lac de Chambo aux Chartreux de Portes et le nom de la chapelle y fut clairement mentionné : " (...) la Morte de Chambo et la pêche d'icelle située près de la chapelle de Saint-Léger, entre ladite église et Buffières."
Chambo désignait donc le village de Saint-Léger, les pâturages autour du village, un port sur le Rhône et un lac.
La lône de Chambo, profonde et poissonneuse, et les pâturages alentour avaient favorisé l'occupation humaine dès la fin de l'âge de bronze, comme les fouilles l'avaient attesté (céramiques, vestiges domestiques).
Cette plaine est située dans un méandre fossile du Rhône, progressivement colmaté au cours du temps. Le lit du fleuve s'est déplacé vers l'ouest, laissant marécages et lônes. La Morte et le lac en sont les vestiges aujourd'hui.
Après le 14e siècle, aucun texte ne mentionne le village, il aurait subi des inondations, faisant fuir des habitants...
Du lac de Saint-Léger, il ne reste aujourd'hui qu'une zone humide classée "sensible".
Par contre, la chapelle était toujours là…

 

la chapelle Saint-Léger - été 2011

 

la chapelle Saint-Léger - été 2011

 

 

du 17e siècle à nos jours

 

En 1605, les autorités ecclésiastiques prirent des mesures de rigueur. La paroisse de Serrières disposait de deux curés, dont un pour assurer le service paroissial de la chapelle. Il fut décidé de n'en garder qu'un seul, en dépit des protestations des derniers habitants de Chambo auprès de l'archevêché de Lyon.
L'office du dimanche ne fut plus assuré à Saint-Léger, mais les fidèles fréquentaient toujours la chapelle, car en 1666 l'intendant Bouchu chargé par Colbert d'un inventaire dans notre région constata qu'elle était "l'objet de grande dévotion même si elle ne fermait point."
La chapelle ne fut pas vendue à la Révolution. Il n'y eut pas de preneur pour 100 livres !
En 1825, elle fut rachetée par un curé de Serrières qui la céda à la commune.

 

la chapelle de Saint-Léger - 1823

 

le mas et la chapelle de Saint-Léger - 1823

 

Elle fut l'objet de pèlerinages chaque lundi de Pâques jusqu'en 1860 : le curé de Serrières y célébrait la messe devant de nombreux fidèles venus des environs.
Après 1860, les pèlerinages furent interdits car les autorités ecclésiastiques y déploraient des abus.
Dès lors, la dégradation du bâtiment commença : la toiture de lauzes s'effondra, la chapelle tomba en ruine. Les lauzes et les pierres taillées furent pillées et la nature reprit le dessus.

 

la chapelle en 1920

 

En 2011, la chapelle est reprise en main.
La préservation des vestiges fut décidée à l'initiative de l'Association Villeboisienne d'Etude.
Le 2 avril, le site fut débroussaillé par les membres de cette association et des volontaires de la commune de Serrières.
Du 16 au 19 juillet, un chantier international de jeunes bénévoles a permis le dégagement et la consolidation des ruines. Ce chantier a été organisé par Familles Rurales de l'Ain, en partenariat avec la commune de Serrières-de Briord et l'Association Villeboisienne d'Etude. Le Crédit Agricole a financé en partie le chantier, et des membres de la caisse locale du canton de Lhuis sont même venus travailler aux côtés des jeunes une journée.
Le 15 octobre, des volontaires de Serrières, du Crédit Agricole et de l'Association Villeboisienne d'Etude, aidés par une équipe de maçons professionnels bénévoles, ont poursuivi le chantier afin de préserver le site avant la mauvaise saison.

 

la chapelle en novembre 2011

 

la chapelle en novembre 2012

 

Le chantier n'étant pas terminé, il faut espérer qu'il se poursuive afin de sauver définitivement les vestiges de la chapelle.
Le site est très séduisant avec une vue superbe sur le Rhône. Il offre une étape de choix aux promeneurs et aux cyclistes.

 

 

Serrières-de-Briord via Google Maps

 

Un grand merci à Michèle Mignerot pour l'envoi de ces documents !

 

Liens :

  

 

 

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