15. la place de houpa

 

pour revoir le plan et l'itinéraire

Vaste terre-plein bordé par la rivière et une rangée de maisons perchées sur une corniche, la place de Choupa apparaît comme un large espace dégagé permettant une utilisation polyvalente. Elle ne doit rien au hasard : c'était jusqu'en 1935 la gare vicinale de Saint-Léger.

Mise en service le 1er août 1892, la ligne de chemin de fer à voie métrique d'Arlon à Ethe permettait de désenclaver la haute vallée du Ton vers les villes voisines (Arlon et Virton), elles-mêmes raccordées au grand chemin de fer. A l'époque, on transportait plus de marchandises que de voyageurs et les expéditions au départ de Saint-Léger étaient nombreuses : denrées agricoles, tabac, bière, produits des forges, machines agricoles...

La place de Choupa était le lieu d'une activité grouillante rythmée par le passage des trams à vapeur.

Il ne reste pratiquement rien de tout cela, si ce n'est l'enseigne du Café-Restaurant "Au Phare" sur l'imposant immeuble qui barre la place. Quant à la gare, bâtie à proximité immédiate de l'emplacement de l'actuel rond-point, elle ne subsiste plus que sur des cartes postales et dans le souvenir de quelques anciens.

 

 

 carte écrite en 1908

 

 

 

 

 

el tram à Sièt-Ldjî

En Belgique, le chemin de fer se développa sous le règne de Léopold 1er, le dimanche 5 mai 1835, par l'inauguration de la première ligne de chemin de fer reliant Bruxelles Allée Verte à Malines. De là partirent des lignes qui desservirent tout le pays.

En 1872, la ligne de chemin de fer partant de Marbehan, arrive à Virton en passant par Ethe, tandis que la ligne de Libramont arrive déjà à Arlon (1858). Tant et si bien qu'il n'existait aucune liaison ferrée entre Virton et Arlon.

C'est ainsi que la SNCV projeta un tracé reliant Arlon par Châtillon, Saint-Léger pour arriver à Ethe, village dans lequel exista 2 gares, une pour le chemin de fer et une pour le .vicinal. Le 24 avril 1891, M. Firquet de Bruxelles fut désigné par le ministre de l'industrie comme entrepreneur des travaux de la construction de la ligne. Une équipe d'ouvriers flamands travailla sans relâche au terrassement, au ballast, jeta les ponts et enfin posa les rails.

Par concession n° 45, la Société Nationale des chemins de fer vicinaux mis en service la ligne du tram reliant Arlon à Ethe le 1er août 1892, à une longueur de 22,070 km, pour un prix évalué à plus de 800 000 francs à l'époque ; elle fut exploitée par la SA des chemins de fer provinciaux.

 

la rue du Tram

 

 

 

carte écrite en 1911

 

 

 

 

 

La petite locomotive, conduite par le machiniste Reimans, traînait deux ou trois wagons "confortables" pour cette époque. Depuis de longs mois, la population attendait cet événement. Vous devinez aisément que le spectacle avait attiré la foule des curieux et chacun, même pour son seul plaisir, désirait essayer ce nouveau mode de transport, car à cette époque, les villageois, sédentaires par nature, avaient rarement goûté aux charmes d'un voyage par rails, que ce soit parchemin de fer ou par vicinal.

Le tram venait donc de remplacer la "diligence" appelée la malle poste, supprimée en juin 1890. Désormais, les villageois se rendraient plus facilement aux marchés de la petite ville à Arlon.

C'est ainsi que les industriels et les commerçants lui confièrent leurs produits. Les voyageurs attendaient la correspondance avec les trams d'Arlon et d'Ethe et les ouvriers eux-mêmes y trouvèrent leur avantage pour se rendre à leur travail. Au lieu de longs trajets à pied, ils purent utiliser à la fois le tram et le train.

Les parcours sur cette petite voie ferrée avaient aussi leur agrément. Au lieu de longer perpétuellement la grand-route, elle serpentait à travers bois et champs. Ce ne fut pas, il est vrai, pour charmer les voyageurs, mais souvent pour épargner une montée pénible afin d'alléger le souffle de la machine, tant et si bien que lors du marché à Arlon où les voyageurs étaient nombreux, il n'était pas rare d'en voir marcher à côté du tram...

 

 

Le tram longeait sur la gauche la grand-route d'Ethe jusqu'à l'entrée de Saint-Léger, bifurquait à droite où se trouve l'actuel complexe sportif, traversait le village pour arriver à Choupa à l'imposante gare vicinale, la plus importante du trajet. Cette gare en pierre se composait d'une salle d'attente avec un guichet et d'un local attenant, réservé pour déposer les colis et les marchandises. C'est Mme Dujardin qui avait dans ses attributions la délivrance des billets, la réception et la remise à domicile des colis. De plus, un café fut aménagé pour désaltérer les voyageurs et aussi ceux du village, parmi les 80 cafés que comptait Saint-Léger !

Une voie d'accès fut construite pour l'acheminement des wagons à marchandises. Le tram continuait la traversée de Saint-Léger, coupait la grand-route à hauteur de la gendarmerie et s'enfonçait jans les fourrés afin de monter la dure et longue côte menant au dessus de Châtillon.

Pour les voyageurs, il y avait 3 voyages aller et retour, le trajet Saint-Léger-Arlon se faisant en 55 minutes sous la bonne conduite du machinistes Reimans, Schumacker, Herbin, Lucien Gobert...

Les voyageurs payaient 30 centimes en 2me classe (avec sièges en bois) et 45 centimes en 1re classe (avec des sièges recouverts de velours) sous l'œil attentif et la voix retentissante des receveurs Edmond Haert, Léon Debaiffe et du contrôleur Joseph Lichtfus.

 

Nous reconnaissons sur cette photo d'avant 1914 : le receveur Edmond Haert, dernier personnage à droite,
passant la tête par la fenêtre, et le contrôleur Joseph Lichtfus, le 10e en partant de la gauche.

 

Les nombreuses industries du village de Saint-Léger se servirent donc de ce nouveau mode de transport pour acheminer leurs matières premières, à savoir :

  • l'entreprise Herr (fabriquant de tuyères en cuivre pour les hauts-fourneaux des usines métallurgiques de Musson, Halanzy, Athus ainsi que pour l'intérieur du pays) avec sa propre voie dans l'entreprise
  • la meunerie la Demoiselle
  • la tannerie au Chaufour
  • la fabrique de chicorée à la voie d'Arlon
  • la scierie au Marache
  • l'usine Dominicy fabriquant des machines agricoles (moissonneuses batteuses, hache paille, pompes à purin, machine à battre... ) et sa seconde usine au Fourneau David (les célèbres fourneaux "Châtillon", les pieds de tables de café, des monuments funéraires en fonte...)

 

 

 

 

merci à André Parisse, de Floreffe (Belgique), pour ce document

 

  • la fonderie à Lackman
  • la fabrique de chicorée à Choupa
  • sans oublier la brasserie Vériter ayant son raccordement privé et ses propres wagons pour le transport du houblon, du malt et de la bière.

Il est aisé de se rendre compte du rôle que joua le tram à Saint-Léger, en desservant toutes ces petites industries.

 

l'usine Dominicy

 

En ce qui concerne les marchandises, cela dépendait de l'importance des wagons à expédier. S'il n'y en avait qu'un ou deux, ils étaient accouplés aux voitures à voyageurs, mais s'il y en avait plusieurs, c'était une rame spéciale qui était expédiée en fonction de l'horaire (évidemment, car la voie était à voie unique).

Pourtant, de nombreuses traversées de la route principale exigèrent beaucoup de prudence de la part des automobilistes afin d'éviter une catastrophe. Plus d'une voiture (rares pour l'époque) dut stopper brusquement à l'apparition inattendue de ce monstre à vapeur qui pourtant avançait à un pas de tortillard.

 

 

 

 

 

 

Dès 1930, la SNCV remplaça dans les grandes villes les trams à vapeur par des trams électriques et sur les petites lignes les trams fonctionnèrent avec un moteur diesel. Malheureusement, la ligne Arlon-Ethe ne devint plus assez rentable. Elle fut remplacée par un service d'autobus en novembre 1935. Aussitôt, la commune de Saint-Léger devint propriétaire de l'assiette de la ligne.

Rançon du progrès ! Le tram céda le pas aux transports automobiles. Pour le commerçant, l'industriel et le voyageur, l'essence et le mazout ont supplanté la vapeur.

Que de fois ai-je entendu les anciens regretter le tram primitif ! Il roulait tout doux, tout doucement, mais il arrivait sûrement. Tandis que par la neige et le verglas, on faisait longuement le pied de grue en attendant le luxueux autobus.

 

 

'atout l'bon tapt !

ote vÎ tram rèloyout lèthe à lèrlon.
I passout pa Siét-Ldlî et Tchèkion.
C'atout in tcheuf-tcheuf aveu trwâs vagons.
Qui n'allout-m pus vite qu'in gros, grâs lum'con.

s'arètout pus souvat qu'i n'folout.
Sûrmat eune vintiène dè couôs su sa route.
Dè d'Ion, on pouvout l'oï, i choufflout.
Coume in vî aradji, i s'dèmounout.

es dgens qui l'pèrnint douvint prenre zou tapt.
I n'folout-m ète prèsseye, ça c'est bin vrâs !
Padècouô, i s'arètout bin longtapt
Pou prenre dès lètes, des pakèts das les gares.

uad il arivout das l'bos d'Tchèkion,
Il avout soif ; on raplichout s'gordjon
Aveu la boune âwe qui gonfèle èl Ton.
I r'pèrnout alouône, r'fayout d'la prèssion.

a police atout fâte pa l'vÎ Edmond ;
El receveur atout deur' pou tout l'monde.
I n'rigolout-m a fayant sa ronde ;
C'est lu qui contrôlout les coupons.

os, les colèdjins, on n'sondjout qu'aux nitches ;
On pètout des boules puantes ; c'atout nich.
On s'batout, i folout qu'on s'dèmounich ;
L'Edmond s'montrout et l'calme rèv'nout vite.

uad on arivout das la couôte d'Ièrlon,
On sautout don vagon, on courout l'long.
El tram cratchout, lançout tous ses pètons.
Bin des couôs, on trèlout das les buchons.

aleureus'mat, en dix-neuf cent trente quate,
On è foutu note pouôve tram au rancart.
ln varat d'autobus è prins sa place.
El... progrès fayout co touôner eune pâge.

Léon Gillet, décembre 1979

 

En mai 1982, suite à l'idée du Syndicat d'Initiative Régional "La Lorraine Belge" de transformer la voie vicinale désaffectée en une liaison cyclable d'intérêt touristique en site propre, c'est le 25 octobre 1985 que la voie du tram fut rendue... aux cyclistes, juste 50 ans après sa suppression. Ce fut, en tous les cas, une belle manière de fêter le centenaire des chemins de fer vicinaux !

Une portion de la ligne, depuis la sortie du village de Saint-Léger jusqu'au dessus de la côte à la sortie du village de Châtillon, fut bétonnée. Cette piste de 2,5 mètres de large comporte 4 accès, a une longueur de 4,7 km, a coûté 9 486 000 francs et fut financée à 100% par le budget du Ministère des Travaux Publics, au bénéfice de la commune de Saint-Léger qui en assure l'entretien.

De nombreux marcheurs et cyclistes l'empruntent journellement dans un cadre forestier agréable, évitant ainsi de suivre la route nationale dont le tracé est accidenté et dangereux, et sont fiers d'arriver au dessus de la côte pour aller se désaltérer au café à l'enseigne "le Chalet" (en mémoire du chalet en bois faisant office de gare vicinale à Châtillon).

Amis de la nature et des endroits calmes de Gaume, retrouvez le charme d'antan du bon vieux tram à vapeur reliant Arlon-Ethe dans un cadre verdoyant et venez vous promener sur la piste cyclable à la sortie de Saint-Léger, vous ne le regretterez pas.

Les pionniers de la bicyclette se souviennent-ils que c'est à Saint-Léger - terre de plusieurs fabricants de vélo - qu'a eu lieu, en août 1891, le premier championnat cycliste de la province de Luxembourg, organisé sur 5 000 mètres par le Vélo-Club d'Arlon ?

Source : Michel Démoulin in "Le Gletton, mensuel de la Gaume et d'autres collines" - juillet/août 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

carte écrite en 1906

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la côte de Choupa

"Combien de fois ne l'avons nous pas descendue, nous les gosses du quartier, quand l'hiver, elle était recouverte d'une bonne couche de neige ! En ce temps-là, peu de voitures circulaient. A force de glissades, la neige se transformait en glace. Alors, à la tombée du soir, les traîneaux dévalaient la pente à tombeau ouvert. Les chutes étaient spectaculaires. Seules les vieilles personnes nous regardaient d'un oeil sévère et quand le cendrier de leur cuisinière le leur permettait, elles en répandaient le contenu sur la chaussée dans l'espoir d'arrêter nos jeux fous qui mettaient leur vie en danger lorsqu'elles se rendaient au village pour leurs courses quotidiennes.

Les dernières années, la circulation automobile s'étant accrue, la gendarmerie se mit à nous pourchasser. Mais nous avions une piste de secours, celle de la rue du Cassis. Le temps qu'ils montent la côte, nous redescendions la seconde et ainsi de suite jusqu'au moment où, épuisés, ils abandonnaient la poursuite ou qu'un cri de maman nous rappelait l'heure de souper.

La route a été semble-t-il goudronnée en 1952. C'était une route en pierre. Dans le livre "La vie au Village" paru en 1950, on peut lire : " Cinquante-deux ouvriers sont transportés chaque jour à Rehon, Mont-Saint-Martin et Senelle par car. Le transport est payé en partie par l'usine. Le passage fréquent de cet autobus a obligé la commune à enduire de goudron le chemin de Saint-Léger à Mussy." Après le départ des ouvriers, les gosses du quartier fouillaient la pierraille à la recherche de morceaux de fonte. Ceux -ci étaient rachetés par un ferrailleur de la rue de la Demoiselle surnommé le "Napoli" : Gaston Muller.

Dès l'arrivée des beaux jours, nous étions toujours dehors "sur les Roches" ou dans les buissons des talus dont les recoins boisés devenaient tour à tour château, vaisseau de pirates, avion, caverne...

La rue vivait au rythme de la circulation routière : tôt le matin, c'était les ouvriers, puis les écoliers suivaient avant le passage des boulangers et d'un épicier ambulant ; les troupeaux montaient dans les prés, deux gendarmes la bicyclette à la main effectuaient leur tournée ; après quelques coups de cloche, le garde-champêtre annonçait une vente prochaine ; les enfants rentraient de l'école pour dîner et croisaient les chevaux des fermiers. Toujours le même jour, l'après-midi, le marchand ambulant d'habits passait. Le Smail, un nord-africain de Virton. Il avait l'habitude de faire des petits cadeaux aux ménagères qui lui achetaient quelques vêtements : un gant de toilette ou un mouchoir. Puis les ouvriers rentraient, les écoliers aussi. Vers dix-sept heures, les charrettes, les tombereaux défilaient. Quelques voitures pétaradaient dans la descente et aspergeaient de bouse de vache le bas des pantalons des piétons. Le samedi, c'était le jour du brasseur, le Delphin.

Au milieu de la côte, du côté droit, une croix entourée d'un jardinet surplombe la chaussée. Elle a été érigée en 1955 lors de la mission paroissiale par l'abbé Dedoyard. Elle est faite de deux troncs de chêne écorcés façonnés par Roger Lambert. Elle a été placée sur un socle de pierre.

La troisième maison à droite à partir du bas de la rue était encore un café au début des années 50. Il était tenu par Alexandre Dujardin. C'est là que chaque année avait lieu le repas des conscrits (jeunes gens atteignant l'âge légal pour le service militaire). Les appelés de l'année, après leur incorporation à Arlon, effectuaient le tour du village en récoltant des oeufs. Sur leur passage, ils emmenaient les filles autorisées par leurs parents à les suivre pour les faire danser avant d'avaler l'omelette et moult bières. Entre les deux guerres, on y cuisait aussi le pain. Plus tard, le four servira à cuire les tartes des gens du voisinage lors de la fête locale.

Marcel Zintz et sa femme Julia Guillaume occupaient la dernière maison du bas de la rue. Ce fermier acheva sa carrière avec son cheval, il n'investit jamais dans un tracteur. C'est là que mon frère et moi nous allions chaque soir, été comme hiver, chercher le lait. Il m'est arrivé de répandre le contenu du bidon en voulant jouer les jongleurs. A bout de bras, je faisais faire des loopings à mon récipient. Parfois, le couvercle se déboîtait et paf ! c'était la catastrophe. Temps béni que celui de l'enfance.

La place des marronniers était le lieu d'animations exceptionnelles : fêtes locales (la petite et la grande), cirque, courses cyclistes... En automne, les plus grands se confectionnaient des pipes avec des marrons et une tige creuse. Pour le tabac, c'était simple : quelques feuilles de marronniers hachées et le tour était joué, mais gare aux coliques !"

Source : Joseph Collignon in "Le Gletton, mensuel de la Gaume et d'autres collines" - juillet/août 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

carte écrite en 1909

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

légendes et folklore des fontaines de Gaume

"Le rôle des fontaines ou sources dans la légende est considérable, on y conteste souvent les marques de respect ou de crainte qu'elles inspirent en raison de leur origine merveilleuse.
En réalité, aucune force de la nature n'est l'objet de croyances aussi variées, d'observations plus nombreuses.
Le peuple, les hygiénistes aussi sont encore persuadés que beaucoup de sources peuvent exercer une réelle influence sur les éléments, sur la destinée et les affections des êtres, sur la santé ou la maladie des hommes ou des animaux (...)
On consulte les sources comme des espèces d'oracles, ou on va accomplir sur leurs bords des rites et des actes que nous sommes loin de connaître tous (...)

Mais avec la distribution d'eau toutes références ou facettes de la vie ont disparu ou sont en voie de disparition.
Par exemple, au lavoir de Harnoncourt était vénérée une statue de Saint-Roch. Saint-Roch XIVe siècle) s'est dévoué au soin des pestiférés. Grâce à l'eau curative, il guérissait les plaies et les morsures. Cette puissance contre les maladies contagieuses a excité la confiance de nombreux fidèles.
Tous les ans, le 15 août, après le salut célébré à l'église paroissiale de Rouvroy, les assistants se rendaient, sans souci de procession et sans célébrant, vers le lavoir, garni pour la circonstance de fleurs et de bougies, afin d'y réciter le chapelet et les litanies de Saint Roch.
Après l'installation de la distribution de l'eau dans la commune, le lavoir fut fermé et utilisé comme dépôt.
Ainsi, peu à peu, cette coutume se perdit dans le temps et la démolition du lavoir effaça le but même de cette coutume vénérable.

Bon nombre de coutumes sont nées par l'attribution de qualités miraculeuses ou guérissantes aux sources.
Il en était ainsi pour la cérémonie de Harnoncourt qui remontait à 1636 lorsque la population de la Gaume fut terrassée au trois quarts par la peste. Les habitants de Harnoncourt y échappèrent, dit-on, grâce aux vertus de l'eau de la source Saint-Roch.
A Tintigny, aux confins de Saint-Vincent, au lieu-dit "l'Oasis", se trouvait une fontaine qu'on dénommait la fontaine aux malades, qui devait son nom aux grandes vertus curatives de ses eaux.
Une autre fontaine au même nom se trouve encore actuellement à Saint-Léger, place de Choupa. Les bonnes gens croient aux vertus curatives de ses eaux ferrugineuses et viennent en chercher dans des flacons.

A Mussy-la-Ville, au lieu-dit "Champs Chiaux", coule un petit ruisseau dont l'eau guérit les maladies ophtalmiques.
Le cours d'eau étant à sec très souvent, les paysans disent que c'est pour punir les incrédules qui viennent y puiser de l'eau sans croire à sa vertu salutaire, que la fée gardienne de la fontaine le fait tarir.

La comtesse Mathilde se rendit à l'abbaye d'Orval, peu après la fondation, pour trouver réconfort après la mort de son mari, Godefroid le Bossu et de son fils. Là, elle s'approche d'une source limpide dans laquelle elle plongea les mains et laissa tomber une bague qui disparu aussitôt. C'était son anneau nuptial. Elle poussa un cri et se mit à chercher. On sonda de toutes parts mais en vain. Tous alors prennent le parti d'aller dire une prière à la Vierge, patronne d'Orval. Après, elle revint à la fontaine et l'anneau se montra, éclatant de lumière dans le sable soulevé par le bouillonnement de la source.
A ce sujet, on raconte également l'histoire d'une truite sortant de l'eau et tenant l'anneau dans sa bouche.
C'est selon cette légende qu'est né le nom de "Val d'Or" et, dans l'écu armorié d'Orval, on aperçoit une bague sortant de l'eau.

Dans l'église de Chiny, on peut observer une statue de Saint-Thibaut.
Ce saint, au temps de Louis Il, alors qu'il travaillait dans la forêt de Chiny pour faire du charbon, aurait fait jaillir par ses prières une fontaine pour se désaltérer avec ses compagnons. Cette fontaine fut longtemps réputée miraculeuse. En plus de guérir de différentes maladies, lorsque cette eau avait été bénite et que l'on en buvait, elle avait la vertu de chasser la fièvre.

Nous venons de remarquer que de nombreuses fontaines portent des noms de saints et sont rattachées à des convictions religieuses profondément ancrées dans les moeurs. L'origine de ces noms doit remonter à l'époque de la christianisation qui a remplacé ainsi des légendes païennes plus anciennes.

Suivant J-G. Buillot et Thiollier, à l'époque où Saint-Martin prêcha le christianisme, les sources étaient un accessoire obligé des oratoires ruraux de la Gaule et ces derniers, ainsi que les fontaines qui les avoisinaient le plus souvent, étaient le but de pèlerinages publics ou isolés mais incessants.
De manière générale, il semblerait que les missionnaires soient parvenus, sans trop de difficultés, à donner aux fontaines païennes un vernis chrétien en les consacrant à des saints, d'où la dénomination de noms de saints de nombreuses fontaines et lavoirs en Gaume.

Outre des propriétés miraculeuses, certaines fontaines ont la propriété de fabriquer de la pierre.
En Gaume, on observe en de très nombreux endroits la formation de tuf calcaire, qu'on baptise "travertins" en langage scientifique, "crons" en jargon de naturaliste et "crônières" en patois local.
Le phénomène est engendré par le ruissellement d'une eau riche en bicarbonate de calcium le long des pentes où prolifère jusqu'à l'étouffement une association végétale calcicole inféodée à un support formé par une masse mucilagineuse. Toutes les caractéristiques de ce milieu très spécial contribuent à favoriser la cristallisation rapide du carbonate de calcium qui ne tarde pas à constituer des masses évoluant vers leur fossilisation.
Les plus remarquables de ces sources pétrifiantes sont situées à Mautauban (Buzenol) et à Lahage (Bellefontaine).
La pierre qui les constitue est légère et résistante, elle a été couramment employée dans la construction des maisons gaumaises.

Rappelons que les vertus curatives qu'on attribuait à l'eau des fontaines sont principalement liées à sa qualité ferrugineuse. A l'heure actuelle, une source à Meix-devant-Virton est exploitée comme source d'eau minérale.

Il est également important de rappeler que de nombreux habitants se plaignent du fait que la distribution de l'eau a, entre autres, comme effet la fermeture ou la démolition de nombreuses fontaines dont l'eau était réputée comme excellente et préférable à l'eau du robinet.

Ce bref survol montre combien l'eau était "source de vie" dans la vie rurale d'autrefois. Même si quelques-uns de ces aspects nous sont parvenus, la frénésie de la vie actuelle tend à sombrer dans le passé dans un oubli total.
Pour ce fait, il est important de se rappeler combien le rythme de la vie de jadis était en liaison directe et continue avec la nature."

Source : Extrait du mémoire de fin d'études de Danièle Ganz intitulé "Lavoirs et fontaines en Gaume" (1981-1982)

 

 

 

vue sur le Ton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la fête foraine

"La fête d'un village était toujours émaillée d'une arrivée massive de roulottes et de baraques foraines qui assuraient l'ambiance festive. A Saint-Léger, une famille de forains était fidèle au rendez-vous depuis plusieurs générations. Bien avant 1900, les ancêtres de cette famille étaient déjà forains.

Né en 1868, Gaspard ANSION, habitant Arlon, possédait un superbe manège de chevaux galopants. Son épouse, Elisabeth MAX n'eut pas moins de 23 enfants, ce qui nécessita l'ajout de nombreuses pages au traditionnel carnet de mariage. Seuls 5 enfants des 23 restèrent en vie.

L'aînée, Bertha, épousa Ferdinand COOS qui lui était originaire d'une famille de 5 enfants de Battincourt. Ils commencèrent leur vie foraine en 1917 avec une balançoire, un tir et une confiserie. Après quelques années, voulant changer quelque peu son activité, Ferdinand vendit sa balançoire et son tir. Ils furent remplacés par un "jeu de chaises" qu'il construisit lui-même vers 1946. Plus tard, il exploita également une friterie.

 

 

la maman d'Elise COOS et son frère en 1938

 

 

 

Ferdinand COOS et son "jeu de chaises" en 1950

 

 

Bertha et Ferdinand eurent 8 enfants : Gaspard, François, Maria, Jean-Pierre, Henry, Jeanne et la cadette Elise, plus un fils, René, qui mourut très jeune.

Née en 1929, Elise fit son apprentissage avec ses parents. Dès 14 ans, elle gardait le tir. En 1951, elle épouse Gaby WALDBILLIG, de Saint-Léger. Il était menuisier de son métier et avait travaillé dans l'entreprise Dominicy. Son mariage l'orienta évidemment vers la vie foraine. Grâce à son métier de menuisier, il réalisa dès 1951 un carrousel dont le mécanisme fut l'oeuvre de Nicolas BILOCQ, forgeron à Châtillon. Ce carrousel est toujours en service, exploité par Marianne, la fille d'Elise et de Gaby. La photo représente Marianne, tenant un montant du carrousel, comme si elle désirait déjà à l'époque qu'il devienne sa propriété !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marianne COOS et le carrousel de papa

 

Elise et Gaby eurent 2 filles et un garçon, tous prolongent cette lignée de forains. L'aînée, Chantal (1953) possède un tir, une confiserie et un lunapark. Marianne (1959) a, en plus du carrousel paternel, un bulldozer et une pêche à canards. Quant à Hugues (1966), il exploite un "jeu d'avions".

En comparant le "jeu de chaises" du grand-père au "jeu d'avions" du petit-fils, on peut estimer le chemin parcouru par la technologie foraine. Il est vrai qu'à l'heure actuelle, pour se maintenir, il faut s'adapter aux exigences du moment et cela coûte très cher. Pour un manège moderne, il faut compter le prix d'une villa.

 

 

Hugues et son "jeu d'avions"

 

Et cependant, l'ambiance des fêtes foraines n'est plus ce qu'elle a été. Autrefois, les distractions étant moins nombreuses, la fête du village attirait toute la jeunesse des environs. A pied ou à vélo, on se déplaçait par tous les temps pour passer quelques bons moments ensemble et cela se terminait souvent par un bal qui donnait l'occasion aux futurs couples de se former.

Elise se souvient bien des nombreux vélos appuyés contre les remorques et caravanes. Actuellement, les distractions ne manquent pas : discos, marchés de brocantes... On fait rapidement de nombreux kilomètres pour participer à une réjouissance quelconque.

Anciennement, à Saint-Léger, les jeunes faisaient le tour du village pour entraîner les hésitants et cela se terminait par un bal. Cette coutume s'est maintenue à Robelmont le mardi de la fête.

La fête de Saint-Léger se tenait, au début, sur la Grand-Place et dans la Grand-Rue. Mais, la circulation devenant de plus en plus importante, elle fut déplacée devant le café Métropole et sur la Place de Choupa.

Les villageois accueillaient les forains avec beaucoup de sympathie. Souvent, le matin, quelques légumes fraîchement cueillis étaient déposés sur les marches de l'escalier de la roulotte. Cadeaux de bienvenue des habitants à ceux qui allaient apporter un peu de distraction au village. Les COOS étaient bien connus à Saint-Léger. La confiance régnait, car les villageois ne rentraient pas le bois entreposé devant les maisons. Ce qui n'était pas le cas lorsque certains autres forains étaient annoncés. Il est vrai que le papa d'Elise était intransigeant sur le sujet, il n'était pas question de toucher à quoi que ce soit.

La mère d'Elise fabriquait elle-même son nougat filant, ses sucres d'orge, ses pommes d'amour... Pendant la guerre, les denrées devenues rares, les fêtes avaient pratiquement disparu un peu partout. Pour remplacer les friandises à vendre, la maman fabriquait des fleurs en papier. Le père avait trouvé du travail à Rodange pour combler le manque à gagner.

 

 

Elise COOS, Gaby WALDBILLIG et Marianne en 1963

 

Enfin, en 1945, les tournées purent reprendre. Gaby décède en 1980 et Elise poursuit avec ses enfants jusqu'en 1984, date à laquelle elle laisse aux jeunes les activités familiales.

Dans le métier de forain, chacun a sa spécialité et sa tournée. Il est tacitement convenu de ne pas faire double emploi. Mais actuellement la concurrence augmente car il y a de plus en plus de candidats et, ici aussi, c'est la course à la modernisation.

Mais où sont les fêtes d'antan ?

Source : Raymond Rochus in "Le Gletton - juillet/août 1999"

 

 

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