"Les hroniques de sire ean roissart

qui traitent des merveilleuses emprises, nobles aventures

et faits d'armes advenus en son temps

en rance, Angleterre, Bretaigne, Bourgogne,

Ecosse, Espaigne, Portingal et ès autres parties"

Tome I - Chapitre CXI

 

Ces chroniques constituent un récit chronologique des événements survenus de 1323 à la fin du siècle. Historiquement, il s'agit de l'une des sources les plus importantes concernant la première partie de la Guerre de Cent Ans.

 

Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k297594/f165.table

 


 

omment le sire de Fauquemont atout cent lances
se bouta en l'ost des François et en tua et prit plusieurs à prisonniers ;
et comment quatre cents lances de François
ardirent plusieurs villes et prirent la ville de Trith

 

essire Waleran, sire de Fauquemont, étoit gardien et capitaine de la ville de Maubeuge, et bien cent lances d'Allemands et de Hainuyers avec lui.
Quand il sçut que les François chevauchoient, qui ardoient le pays, et ouït les povres gens pleurer, crier et plaindre le leur, si en eut grand'pitié.
Si s'arma et fit ses gens armer, et recommanda la ville de Maubeuge au seigneur de Beaujeu et au seigneur de Montegny, et dit à ses gens qu'il avoit très grand désir de trouver les François.
Si chevaucha ce jour toudis côtoyant les bois et la forêt de Mourmail.
Quand ce vint sur le soir, il entendit et sçut que le duc de Normandie et tout son ost étoient logés sur la rivière de Selles, assez près de Haussi, dont il fut tout joyeux ; et dit brièvement qu'il les iroit réveiller.

 

i chevaucha cette vesprée tout sagement : environ mie-nuit il passa la dite rivière à gué, et toute sa route.
Quand ils furent outre, ils ressanglèrent leurs chevaux et se mirent à point, et puis chevauchèrent tout souef jusques adonc qu'ils vinrent au logis du duc.
Quand ils durent approcher, ils férirent chevaux des éperons tous d'un randon et se plantèrent en l'ost du duc, en écriant : "Fauquemont ! Fauquemont !" et commencèrent à couper cordes, à ruer et abattre tentes et pavillons par terre, et à occire et découper gens, et d'eux mettre en grand meschef.
L'ost se commença à émouvoir, et toutes gens à armer et à traire celle part où la noise et le butin étoient.
Quand le sire de Fauquemont vit que point étoit, il se retraist arrière en retraiant ses gens tout sagement ; et adonc fut mort, des François, le sire de Péquegny, Picard, et fiancé prisonnier le vicomte de Quesnes et le Borgne de Rouvroy, et durement blessé messire Antoine de Kodun.

 

uand le sire de Fauquemont eut faite son emprise, et il vit que le temps fut et que l'ost s'émouvoit, il se partit, et toutes ses gens, et repassèrent la rivière de Selles, sans dommage, car point ne furent poursuis ; et chevauchèrent depuis tout bellement ; et vinrent environ soleil levant au Quesnoy, où le maréchal de Hainaut se tenoit, messire Thierry de Walecourt, qui leur ouvrit la porte et les reçut liement.
Et d'autre part, le duc de Normandie fut moult courroucé de ses gens que on avoit occis et blessés et fiancés prisonniers ; et dit : "Agar ! (1) comment ces Hainuyers nous réveillent !"

(1) "Agar !" ou "Aga !" : signifie "Vois ! Regarde !"

 

lendemain, au point du jour, fit tromper les trompettes en l'ost le duc de Normandie : si s'armèrent et ordonnèrent toutes manières de gens, et mirent à pied et à cheval, et arroutèrent le charroi, et passèrent la dite rivière de Selles, et entrèrent de rechef en Hainaut, car le duc vouloit venir devers Valenciennes et aviser comment il la pourroit assiéger.
Ceux qui chevauchoient devant, c'est à savoir le maréchal de Mirepois, le sire de Noyers, le Gallois de la Baume et messire Thibaut de Moreuil, à bien quatre cents lances, sans les bidaux, s'envinrent devant le Quesnoy, et approchèrent la ville jusques aux barrières, et firent semblant de l'assaillir ; mais elle étoit si bien pourvue de bonnes gens d'armes et de grand'artillerie (2) qu'ils y eussent perdu leur peine.

(2) Quoique les canons ne fussent pas encore d'un usage ordinaire, ils étaient connus en France avant cette époque. On s'en servait pour l'attaque et la défense des places dès l'année 1338.

 

outes voies, ils escarmouchèrent un petit devant les barrières, mais on les fit retraire ; car ceux du Quesnoy descliquèrent canons et bombardes qui jetoient grands carreaux (3).

(3) espèce de flèche dont la pointe était triangulaire

 

i se doutèrent les François de leurs chevaux, et se retrairent pardevers Wargni ; et ardirent Wargni le grand et Wargni le petit, Fielainnes, Fumars, Semeries, Artre, Artenel, Sautin, Curgies, Estreu et Aunoi ; et en voloient les flamèches et les tisons en la ville de Valenciennes.
Et puis vinrent les coureurs vers VaIenciennes, endementres que les François ordonnoient leurs batailles sur le mont de Chastres, près de Valenciennes ; et se tenoient là en grand'étoffe, et moult richement.
Dont il avint que environ deux cents lances des leurs, dont le sire de Craon, le sire de Maulévrier, le sire de Matefelon et le sire d'Avoir étoient conduiseurs, s'avaIèrent devers Maing, et vinrent assaillir une forte tour quarrée, qui pour le temps étoit à Jean Bernier de Valenciennes : depuis fut-elle à Jean de Neufville.
Là eut grand assaut, dur et fort, et dura presque tout le jour, ni on n'en pouvoit les François faire partir.
Si y en eut-il morts cinq ou six ; et si bien se tinrent et défendirent ceux qui la gardoient qu'ils n'y eurent point de dommage.

 

i s'en vinrent le plus de ces François à Trith, et cuidèrent de première venue là passer l'Escaut ; mais ceux de la ville avoient défait le pont et défendoient le passage roidement et fièrement ; et jamais à cet endroit ne l'eussent les François conquis, mais il en y eut entr'eux de ceux qui connoissoient le passage, la rivière et le pays.
Si emmenèrent bien deux cents de pied passer à planches à Prouvy.
Quand ils furent outre, ils vinrent tantôt baudement sur ceux de Trith qui n'étoient qu'un peu de gens dedans, au regard de eux, et ne purent durer : si tournèrent en fuite, et en y eut de morts et de navrés plusieurs.

 

e même jour étoit parti de Valenciennes le sénéchal de Hainaut à cent armures de fer, et issit de la ville par la porte d'Anzaing ; et pensoit bien que ceux de Trith auroient à faire : si les vouloit secourir.
Dont il avint que dessus Saint Vast il trouva de rencontre vingt cinq coureurs françois, que trois chevaliers de Poitou menoient : messire Boucicaut l'un, le sire de Surgères l'autre, et messire Guillaume Blondeau le tiers ; et avoient passé l'Escaut assez près de Valenciennes au pont que on dit la Tournelle, et avoient couru par droite bachelerie dessus Saint-Vast.
Si très tôt que le sénéchal les perçut, si fut moult lie, car bien connut que c'étoient ses ennemis ; et férit après eux, et toute sa route aussi.
Là eut bon estequis des uns aux autres ; et me semble aussi que le sénéchal de Hainaut porta jus de coup de lance messire Boucicaut, qui adonc étoit moult appert chevalier, et fut plus encore depuis et maréchal de France, si comme vous orrez avant en l'histoire, et le fit là fiancer prison, et l'envoya à Valenciennes.
Mais je ne sçais comment ce peut être, car le sire de Surgères échappa et se sauva, et ne fut point pris ; mais messire Guillaume Blondeau fut pris, et fiança prison à messire Henry de Husphalise ; et furent presque tous les autres morts ou pris.

 

e rencontre détria grandement le sénéchal de Hainaut qu'il ne put venir à temps au pont de Trith ; mais l'avoient jà conquis les François quand il y vint, et mettoient grand'peine à abattre les moulins, et un petit châtelet qui là étoit.
Mais si très tôt que le sénéchal vint en la ville, ils n'eurent point de loisir, car ils furent reboutés et reculés vilainement, occis et découpés et mis en chasse ; et les fit-on saillir en la rivière d'Escaut, dont il en y eut d'aucuns noyés, et en fut la ville de Trith adonc toute délivrée.

 

t vint le sénéchal de Hainaut passer l'Escaut à Denain, et puis chevaucha, et toute sa route, vers son châtel de Werchin et se bouta dedans pour le garder et défendre, si mestier étoit.
Et encore se tenoit le duc de Normandie sur le mont de Castres, et se tint en bonne ordonnance la plus grand'partie du jour ; car il cuidoit que ceux de Valenciennes dussent vuider et là venir combattre.
Aussi l'eussent-ils très volontiers fait ; mais messire Henry d'Antoing, qui la ville avoit à garder, leur dénéoit et défendoit ; et étoit à la porte Cambrésienne moult ensoigné et en grand'peine d'eux détourner de non vuider ; et le prévôt de la ville pour le temps avec lui, Jean de Vassi, qui les affrénoit ce qu'il pouvoit ; et leur montra adonc tant de belles raisons qu'ils s'en souffrirent.

 

 

erci de fermer l'agrandissemen

 

   

 

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