ean-René Rouzé

Mort d'un curé de banlieue

 

Jean-René Rouzé nous a quittés en ce début 2005, après avoir été le curé de Saint-Léger pendant plus de dix ans.
Il avait en effet pris la succession de l'Abbé Gilbert Lemaire, autre figure marquante de notre commune, en 1992.
Pendant toute cette période, il aura marqué de son empreinte toute notre communauté, croyants et non croyants.

Homme de foi, défenseur des pauvres, des plus humbles, des exclus, il a toujours mis au premier plan de sa vie les principes de l'Evangile.
Homme de culture, il n'a eu de cesse d'ouvrir l'Eglise à tous et d'y accueillir concerts, interprètes, orchestres, expositions, spectacles de poésie..., et plus généralement de participer activement à la vie culturelle de Saint-Léger.
Il a notamment mis en place sous l'égide du service culturel municipal (ACLA), des ateliers d'écriture qui ont remporté un succès mérité et se poursuivront malgré sa disparition.

 

 

Ecrivain et poète lui même, il était aussi l'ami des artistes, nombreux parmi la foule qui a tenu à lui rendre un dernier hommage lors de l'émouvante cérémonie du 14 janvier dernier en l'église de Saint-Léger, dont il avait lui-même réglé minutieusement tous les détails.
Le même jour, Jean-René a ensuite été incinéré au crématorium de Rouen.
Toujours selon ses volontés, ses cendres ont été dispersées en mer quelques jours plus tard, au large de Fécamp.

 

 

Repères

Fécampois d'origine, où il a vu le jour en 1942, Jean-René Rouzé a d'abord suivi les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Rouen, avant de rejoindre le grand séminaire.
Ordonné prêtre en 1967, il est nommé à la chapelle du quartier Grieu à Rouen, puis rejoint la cure de Saint-Léger du Bourg Denis en 1992.
Il y exercera jusqu'à l'an passé où, se sachant condamné, il demande à être relevé de sa cure.
Il s'est éteint le 9 janvier 2005, à l'âge de 62 ans.

 

 

Peinture, écriture, musique...

Peintre à l'origine, Jean-René s'est aussi lancé dans l'écriture.
De recueils de poésie tout d'abord, puis il publie son "Journal d'un curé de banlieue", suivi d'un 2e et d'un 3e volume où il a relaté son quotidien, ses 35 années de prêtrise.
Dans le même temps, il anime régulièrement plusieurs émissions de radio sur RCF (Radio Chrétiens de France), notamment "Leurs chansons courent encore", une émission hebdomadaire consacrée à la chanson française.
En 2004, il avait publié son premier roman "Ici, Jean-Paul II n'est jamais venu", où il réglait au passage quelques comptes avec l'Eglise.

 

 

ean-René

"Tu m’as dit, Jean-René, ce serait bien que tu parles là, alors, je fais ce que tu m’as demandé, mais c’est avec le coeur lourd, parce que c’est la première fois que tu nous quittes.

Même durant ta maladie, tu étais toujours avec nous et tu n’es pas prêt de disparaître de nos coeurs.
Tu étais l’un des nôtres, tout naturellement, partie prenante de la vie de Saint Léger, de notre commune, de la vie tout court.
Nous nous connaissions déjà bien, même avant ton arrivée officielle en tant que curé de Saint Léger, grâce à notre ami commun Gilbert, de qui tu as repris le flambeau en 1992.

Lors des discours de bienvenue, tu avais comparé la chapelle à un vaisseau sans les vagues de Fécamp et tu avais terminé en soulignant le privilège que tu avais de pouvoir embrasser le maire, puisque c’était une femme. Nous en avons ri plusieurs fois ensemble. Parce que tu aimais l’humour, tu aimais rire, tu aimais la vie.

 

photo : archives PN

 

Jean-René, comme tout le monde l’appelait, aimait la vie, parce qu’il mettait au premier plan les principes de l’Evangile, parce qu’il a toujours vécu "en humanité".
Toujours "En flagrant amour", "Avec" les pauvres, les plus humbles, les exclus, il s’est donné à eux toute sa vie sans attendre d’autre retour que celui de la conscience d’avoir bien exercé sa vie.
Toujours "A vif" devant les injustices, les souffrances, le capitalisme ultra-libéral que la misère du monde indiffère.

Homme de foi, à sa manière bien à lui, Jean-René n’a eu de cesse d’ouvrir son église à tous. Il a toujours été un militant des droits de l’Homme, un homme de solidarité. Il réclamait pour tous et pour chacun égalité, justice, respect.
Il avait un coeur de révolte quand on touchait aux plus petits, aux démunis, aux sans voix.
Il avait un coeur de tendresse pour les enfants, pour ses filleuls qu’il aimait réunir autour de lui.
Homme de culture, il aimait faire de son église une maison de la culture pour tous, comme il disait, y accueillant expositions, concerts, orchestres, interprètes, organisant lui-même des soirées, avec ses amis, où il disait les textes d’auteurs qu’il aimait et ses propres textes.
Il nous en a fait passer des soirées d’émotion, des soirées merveilleuses, en communion d’esprit et d’amitié tellement fortes.

Homme engagé dans la vie de la cité, dans l’animation culturelle, il nous apportait ses conseils éclairés sur la peinture, la sculpture, la musique, la chanson, la poésie, il avait tant d’amis peintres, sculpteurs, musiciens, chanteurs, écrivains, poètes et qui lui étaient si proches.
Combien de soirées, combien d’expositions a t-il montées, à Saint Léger et ailleurs avec ses amis Roger et Martial.

 

 

Depuis plusieurs années, Jean-René animait l’atelier écriture auquel il tenait tant et qui se poursuivra, selon sa volonté.
Ecrivain, poète lui-même, il nous a fait partager, à travers ses livres, ses angoisses, ses souffrances, ses révoltes, ses espoirs, son amour des autres, son amour de la beauté, son "Humanitude".

Les mots de l’écrivain étaient là pour dire aussi l’humilité devant la souffrance. Malgré sa souffrance à lui, il suivait de près tous les événements de la commune et le 22 décembre dernier, il m’avait demandé de lui faire le plaisir de visiter le chantier des dépendances du parc George Sand parce qu’il savait qu’il ne serait pas là pour l’inauguration. Jean-René était heureux de cette visite.
C’était son cadeau de Noël, me disait-il.

Avec ses amis qu’il est allé rejoindre, que de bonnes choses, que de souvenirs ils ont en commun.
Nous laissant orphelins, que de bonnes choses, que de souvenirs ils nous laissent en héritage.
A nous de continuer le sillon droit qu’ils nous ont tracé. "A suivre"

Nous sommes là, aujourd’hui, Jean-René, en amitié, pour dire à tous ceux qui t’aiment toute notre tristesse et la peine que nous cause ta disparition . Mais puisque seul l’amour, disais-tu, peut transmettre l’éternité, l’image, le souvenir, l’exemple que tu nous lègues doivent nous consoler, parce que c’est l’ami qui reste en chacune et chacun d’entre nous.

A toi," Tibi", encore et toujours, nous persistons, et nous signons.
Tu vois Jean-René, je t’ai fait des clins d’oeil en citant quelques titres de tes bouquins, permets-moi de te citer encore à travers un de tes poèmes parce qu’il est beau et parce c’est toi, là tout entier."

 

Je ne crois pas du tout
qu’il m’attend au tournant
au tournant de la mort
pour me régler mon sort

Non plus qu’il ait tenu
une comptabilité
de mes ratés de vie
pour me faire payer

Je crois qu’il m’attendra
du lilas à la main
il me connaît il sait
combien j’aime le lilas

Je crois aux bras ouverts
se refermant sur moi
je les sens qui m’enserrent
de tremblements de joie

J’entrerai au festin
un festin de veau gras
la table décorée
de branches de lilas

Je suis sûr qu’il m’attend
les lilas sont en fleurs

 

Allocution de Nicolle Rimasson,
prononcée au crématorium de Rouen, le 14 janvier 2005

 

lu dans

 

  

 

 

http://www.stleger.info