Saint éger aux ois

au milieu du XIXe iècle

 

Il s'agit d'un document datant du milieu du XIXe siècle que nous a fourni en 1995 Edouard Sueur, maire de St Léger de 1989 à 1995. On y lit vers la fin la date de 1847 et le nom de notables de l'époque. D'autre part, le recensement de 1846 indiquait 734 habitants.
Les clichés proviennent de
https://www.google.fr/maps. 

 

 

La plaine de Saint-Leger est dominée par une haute tour en briques, avec machicoulis : c'est un grand jalon resté là pour rappeler les anciens sires de Mailly, barons de Ravensbergue, etc., dont les armes primitives portaient d'or trois maillets de gueules. Cette famille a des racines qui vont se perdre dans les fondements de la monarchie et sa devise nous rappelle la fierté de l'antique chevalerie : Hongne qui voura, c'est-à-dire Grogne qui voudra.

Décrivons la tour en quelques mots. Les murs de la base sont en grès et silex, et n'ont pas moins de 2 m 50 d'épaisseur. Cette construction est à 3 étages, auxquels on accède par un remarquable escalier placé dans une tourelle accolée à la tour. Cette tour, dont la circonférence est d'à peu près 15 m, mérite d'être visitée. Le rez-de-chaussée est éclairé par une fenêtre primitivement partagée en croix. Il y avait double châssis et double contrevent, entre lesquels on plaçait un matelas en cas d'attaque. Montons 25 degrés de l'escalier, et nous serons au 1er étage. Cette pièce ressemble assez à celle que nous venons de quitter. Seulement, il y a là 2 espèces de niches qui ont servi peut-être de dépôt d'armes. Gravissons encore 25 marches, et nous nous trouverons au second étage, où se voit une alcôve voûtée. Encore 18 degrés à franchir , et nous sommes au grenier, éclairé par 4 ouvertures pratiquées aux 4 points cardinaux. Cette pièce est plus large que les autres, par la raison qu'elle s'avance sur les créneaux. La charpente de cette partie est très belle. Au haut de la couverture, à l'est, se trouve la porte du Guet, où l'on jouit d'un coup d'oeil magnifique. Cette tour était isolée du château, qui n'existe plus.

 

 

D'après sa généalogie connue, la famille de Mailly formait 13 branches en 1756 : de Mailly, de l'Orsignol, d'Authuille, de Nédon, d'Auvillers , d'Auchy, de Rumesnil , de l'Épine, de Mareuil, de Rubempré, de Nesles, d'Haucourt, du Quesnoy. Les sires de Mailly comptaient dans leurs alliances les maisons de Coucy, de Bailleul, de Créquy, d'Ailly, de Reyneval, de Laval-Montmorency, de Montluc, de Montesquiou, du Châtelet, de Villers, d'Harcourt, de Bourbon-Condé, de Moy, de Crécy, de Caulincourt, de Dampière, de Grammont, de Croy, de Joyeuse, de Coligny, de Nassau, de Brancas, de Flavacourt, de Guines, de Craon, etc. La seigneurie de Saint-Leger passa dans la famille de Mailly en 1503, par l'union d'Adrien de Mailly avec Françoise de Bailleul, fille de Jacques de Bailleul, seigneur de Saint-Leger, et de Jeanne, dame d'Haucourt.

Il n'entre pas dans notre cadre de retracer ici toutes les belles actions de cette famille, toutes les marques d'honneur qui lui furent accordées. Il nous faudrait copier toutes les pages d'un immense in-4° dont M. Le Mire a bien voulu nous donner connaissance. Nous dirons seulement qu'en 1050 Anselme de Mailly partagea la régence des états de Flandre avec le sire de Coucy. Nicolas de Mailly se croisa, au XIIe siècle, et fut député de la Terre-Sainte pour aller demander du secours au pape et au roi de France. Mathieu de Mailly, après avoir fait prisonnier le comte de Lincestre, dans les guerres de Philippe-Auguste contre Richard, roi d'Angleterre, fut pris lui-même en 1198, en défendant son roi tombé dans une embuscade auprès de Gisors. Antoine de Mailly fut pris par les Turcs et mourut en esclavage, l'an 1340. En 1410, on chargea de l'administration du royaume, pendant la maladie de Charles VI, Colart de Mailly, qui fut tué cinq ans plus tard à la bataille d'Azincourt avec son fils qui avait été fait chevalier ce jour même. Adrien, Antoine et René de Mailly reçurent le titre de cousins de François 1er. En 1755, le contrat de mariage du marquis de Voyer-d'Argenson avec la comtesse de Mailly fut fait en la présence du roi, de la reine et de toute la famille royale.

 

 

Nous avons sous les yeux un aveu qui nous paraît trop important, relativement à la commune qui nous occupe, pour le passer sous silence :
"Aveu et dénombrement rendu le 27 janvier 1738, par messire Jérôme de Mailly, chevalier, seigneur et patron de Saint-Leger... à S. A. S. monseigneur Louis-Auguste de Bourbon, prince souverain de Dombes, comte d'Eu, de la terre et seigneurie de Saint-Leger, plein fief de Haubert, dans laquelle il a cour, usage et jurisdiction de moyenne et basse justice sur ses hommes, droit de présenter à la cure et bénéfice dudit lieu, droit d'afforage, de colombier, tort et vers, corvées de bras et de chevaux, de four à ban, relief, troisième, amende, fortfaitures et confiscations, et généralement tous autres droits, honneurs, proffit, revenus, émolumens à plein fief de Haubert, et patron appartenant, déclarant avoir droit de CHAPELLE À FEU, dans l'église dudit Saint-Leger, bastie et édifiée par Jacques de Bailleul et Adrien de Mailly, son gendre, vivant chevalier seigneur et patron dudit lieu, ses ayeux et prédécesseurs"
Cet aveu nous fait connaître que l'église de Saint-Leger a été construite au commencement du XVIe siècle, et assez probablement en 1503, au moment du mariage d'Adrien de Mailly avec une fille de Jacques de Bailleul. La construction d'un assez grand nombre d'églises de cette contrée remonte à la même époque.

 

 

En 1846, au moment où l'on a fait couvrir en ardoises l'église de Saint-Leger, l'on a trouvé, sur une des anciennes tuiles, l'inscription suivante : Jean Malingue , brictier, à Aubéguimont - 1730.
La nef de l'église de Saint-Leger est très élevée, et l'on voit clairement que le haut des murailles attend une voûte qui n'a jamais été faite, par suite, dit-on, d'une
contrariété que les habitants firent éprouver à Adrien de Mailly. On remarque, au-dessous des fenêtres, un gros cordon orné d'une vigne et de feuillages. On lit sur un sommier : Anno 1751 - Hieronimus comes de Mailly perfecit.
L'entrée du clocher est garnie d'une galerie en bois, du style flamboyant. Malheureusement ce beau travail a été mutilé.
La nef communique aux chapelles de la croisée par des arcades ogivales. On voit là des cordons, supportés sur des têtes monstrueuses, s'entremêler et aller aboutir à une clé de voûte ornée.

Cette église est peuplée d'un grand nombre de statues, mais nous avouons que plusieurs devraient avoir encouru la peine portée par le 29e canon du synode de Constance, tenu en 1294. Nous avons remarqué particulièrement celle de saint Léonard, en l'honneur duquel on fait un pélerinage avec grande solennité, le mardi de la Pentecôte ; on y porte les enfants noués.

Ce pélerinage fut rétabli en 18.. Cette année-là, la paroisse de Saint-Leger avait pour trésorier en charge un homme aux idées complexes, qui trouva moyen de recommander le pélerinage, tout en faisant une réclame en faveur des cabaretiers du pays. Voici l'avis qu'il afficha à Foucarmont et autres lieux : "Le public est averti que la fabrique de Saint-Leger-aux-Bois a rétabli le pélerinage de saint Léonard. Les personnes qui ont des enfants de noués peuvent aller maintenant à Saint-Leger, au lieu d'aller à Gauville, en Picardie. On y trouvera à boire et à manger. Grande messe et vêpres, ainsi que grand divertissement pour les jeunes gens. La fête est fixée au mardi de la Pentecôte."

 

 

Entrons dans le choeur et considérons de près les fenêtres de l'abside, qui est à 3 pans. Ces fenêtres, partagées par un meneau, viennent d'être garnies de verrières dues au talent de M. Bernard, et qui ont coûté 1 000 fr. Nous avons sous les yeux Sainte-Clotilde, Saint-Roch, Saint-Léonard, Saint-Leger, Saint-Antoine et Sainte-Catherine. Ce travail est d'un bel effet, et nous voudrions rencontrer plus souvent quelche chose de semblable dans les églises que nous visitons. Pendant longtemps, on avait cru enseveli le secret de peindre sur verre. M. Bernard prouve de jour en jour qu'il possède les procédés et les ressources de cet art. Le temps dira si la solidité des couleurs répondra à leur brillant effet. Au reste, nous sommes heureux de rappeler à nos lecteurs que M. André Pottier, le savant directeur de la Revue de Rouen (1), a accueilli avec sympathie les travaux de M. Bernard.

On voit, dans le choeur, la pierre commémorative du fondateur de l'église. En voici quelques passages : Sire Jacques de Bailleul... prudent en doctrine... ferme en la foi d'espérance... anflamé flamboiat pour charité... Il a fondé en ce lieu terrein icelle chapelle à tousiors... or priez... son esprit s'envolle en paradis... il expira en l'an Vcc et dix (1510)... le vivant doibt prier Dieu por le mort.
A droite du choeur se trouve l'ancienne chapelle à feu du seigneur, dont l'entrée était pratiquée dans une balustrade vitrée à l'intérieur.

En 1809, au moment où M. Antoine Le Mire acheta la propriété des sieurs de Mailly, la jouissance de la chapelle fut comprise dans la vente, et le nouveau propriétaire y fit faire des frais de réparation assez considérables, entre autres choses un relief représentant saint Antoine, patron du nouveau possesseur. Mais un peu plus tard, à la suite d'un procès entre la commune et la famille Le Mire, le conseil de fabrique, se fondant sur le décret de 1809, s'empara de la chapelle et fit murer la porte d'entrée. Aujourd'hui, c'est une sacristie où nous avons remarqué des armoires fort bien disposées.

 

 

Le caveau de sépulture des sires de Mailly se trouve sous cette ancienne chapelle. Mais les dépouilles mortelles qu'il contenait ont été enlevées, en 1793, par 2 monstres à face humaine, qui retirèrent de ce lieu 3 cercueils en plomb. L'un de ces cercueils contenait le corps d'une jeune fille. Quelle ne fut pas la surprise des spectateurs au moment de l'ouverture du sépulcre ? Le corps de la défunte n'offrait encore aucun indice de putréfaction. Son linceul avait conservé une parfaite blancheur. Les habits dont on l'avait revêtue étaient propres comme des habits de noce... Ce douloureux spectacle n'attendrit pas les infàmes qui présidaient à cette spoliation ! Ils arrachèrent sans pudeur les vêtements de la jeune vierge. Ils jetèrent son corps dans la fosse commune et s'acheminèrent vers Neufchâtel, emportant le plomb des cercueils et criant : Vive la liberté ! Nous taisons le nom de ces misérables, par égard pour leur famille.

Eu 1267, Eude Rigaud conféra le diaconat à Guillaume de Saint-Leger. Mais, s'il faut en croire une tradition locale, la paroisse de Saint-Leger aurait été située, à cette époque, au lieu nommé aujourd'hui le Mesnil-Allard, hameau où l'on trouve des traces qui annonceraient un ancien château.

 

 

Les marguilliers de Saint-Leger payaient autrefois au comté d'Eu une rente d'une livre, pour 4 journaux de terre accostant le chemin Stallin, avec 20 sols de droits seigneuriaux, en cas de mutation.

En quittant le cimetière de Saint-Leger, on aperçoit une grande mare communale, dont le trop plein s'engouffre dans des bétoires. Les habitants de Foucarmont ont remarqué que, si la mare de Saint-Leger déborde, 6 heures plus tard l'eau de la fontaine qui sert de lavoir public, à Foucarmont, devient très trouble et il faut se hâter d'enlever le linge, si l'on ne veut pas être obligé de lui faire subir une seconde lessive.

Nous avons omis de dire qu'en 1787 le duc de Penthièvre et le vicomte du Authier, son premier gentilhomme, visitèrent la tour de Saint-Leger, où un dîner leur fut offert : les jeunes gens du pays leur improvisèrent une garde d'honneur, et les nobles hôtes quittèrent la commune en laissant le souvenir de leur magnanimité envers les habitants.
Quelque temps après cette visite, il s'éleva un conflit entre les habitants de Saint-Leger et leur nouveau seigneur, au sujet des droits forestiers. 25 des plus notables du pays partirent pour Neufchâtel, où ils chargèrent divers avocats de soutenir leur cause. Un procès sérieux commença. Mais la révolution de 1789 éclata et mit fin aux réclamations réciproques du seigneur et des habitants. Toutefois, les avocats ne renoncèrent pas aux honoraires de leurs labeurs, et les plaideurs de Saint-Leger durent se cotiser pour fournir une somme de neuf cents livres.
 

 

 

Population, 734 - Lemire, maire - M. Regneaux, adjoint - M. Dumont, curé - M. Sergeant , instituteur

(1) Revue de Rouen, année 1847, page 126

 

 

 

 

 

 

 

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