ugène de irardin 

1853 : le Fort Benton

explorateur, dessinateur, écrivain,
auteur d'albums de dessins et récits de voyages
à travers le Far-West américain (1849-1859)

©François DEGOURCEZ

 

  

Eugène de Girardin naît le 2 décembre 1828 à St Léger des Bois.
Son père, Eugène de Girardin-Deffand, ancien officier issu d'une lignée de soldats, a combattu pour la Duchesse de Berry lors de sa tentative de soulèvement de l'Ouest en 1832.
Sa mère, Marie-Josèphe de Méaulme, fille d'un châtelain des environs d'Angers, apporte en dot à son époux le domaine de la Haute-Bergère où naissent le garçon, ses 2 frères et sa sœur.

la Haute-Bergère

En 1840, il entre en classe de 6e au collège de Vendôme (là où Honoré de Balzac fut élève de 1807 à 1813), mais en est renvoyé 6 ans plus tard.
Son père refusant de le voir sous son toit, le jeune homme se fait alors mousse pour les Amériques.

Il débarque aux Etats-Unis à l'heure de la ruée vers l'or de Californie, découvert en 1848. A Saint-Louis, sur les rives du Missouri, il fait la rencontre d'un géologue américain qui l'engage comme dessinateur (voir plus bas). Avec lui, il part à l'exploration des Grandes Plaines de l'Ouest, territoires des Indiens Sioux, Corbeaux ou Pieds-Noirs.

En 1853, après plusieurs explorations jusqu'en Oregon, John Evans, le géologue qu'accompagne Girardin, rejoint Isaac I. Stevens. Celui-ci est gouverneur du nouveau territoire de Washington et chargé de dresser le tracé d'une route possible pour une voie de chemin de fer vers le Pacifique. Il signe en outre avec les tribus indiennes du Nord-Ouest de nombreux traités.

L'expansion américaine pousse les Indiens du bassin de la Columbia à la guerre, tandis que Girardin et Evans sillonnent l'Empire du Nord-Ouest. Ils y découvrent les rivières abondant en saumons et les vastes forêts qui constituent depuis toujours le trésor des Indiens du Plateau et de la Côte.

Le dernier dessin de Girardin date de 1859. Le voyageur rentre peu après en France. Il demeurera une quinzaine d'années dans le Maine et Loire, pays de son enfance. Un dernier voyage l'aurait conduit au Panama, où il serait mort en 1888.

 

 

LE TOUR DU MONDE 1864

Voyage dans les mauvaises terres du Nébraska (États-Unis)

par M. E. de Girardin

 1849-1850 Texte et dessins inédits*

*Tous les dessins joints à cette relation ont été exécutés par M. Lancelot, d'après les croquis rapportés par le voyageur.

Voyage de Saint-Louis au fort Pierre Chouteau 

 

J'avais été chercher fortune à Saint-Louis, la grande cité du Missouri ; tour à tour commissionnaire, colporteur ou conducteur de mulets, j'allais aussi, moi, suivre le courant de l'émigration vers la terre promise de Californie, quand je rencontrai un géologue américain qui devait partir ce jour même pour un long voyage d'explorations à travers le continent américain.
J'obtins de l'accompagner comme dessinateur ; on me demanda deux heures pour faire tous mes préparatifs de voyage, c'est-à-dire acheter un pantalon de peau de daim, deux chemises de laine, un revolver et une carabine, et je m'embarquai sur le steamboat Iowa, au milieu d'une cohue et d'un brouhaha des plus étourdissants.
Les nombreux amis des passagers nous accablaient d'une grêle d'oranges et poussaient des hourras frénétiques, les maures d'équipage frappaient les matelots ivres, on se disputait et on jurait en toutes sortes de langues de l'ancien et du nouveau monde, au milieu des sifflements aigus et des grondements sourds de notre puissante machine, dont la vapeur nous enveloppait d'un nuage épais.

l'Iowa, steamer sur le Missouri

On sait que les steamboats américains ne ressemblent en rien aux chétives embarcations de nos rivières. Ce sont d'immenses constructions à 3 étages, surmontées de 2 énormes cheminées, de véritables caravansérails où le voyageur trouve tout le luxe et le confortable d'un hôtel de première classe. Aussi une dame de Saint-Louis, voulant donner une haute idée d'une maison meublée et décorée avec luxe, disait : "C'est presque aussi beau qu'un steamboat !"

Nous étions 200 passagers environ, la plus grande partie passagers d'entre pont, pauvres aventuriers engagés pour un an à la Compagnie Américaine, qui fait le commerce des pelleteries du Far-West. Il y avait des types de tous les pays du monde : Parisiens barbus, les uns victimes des évènements politiques, les autres déserteurs de la colonie de Cabet ; Danois, Allemands, Espagnols, Anglais, Irlandais, nègres, mulâtres, Indiens et métis. Les plus nombreux, cependant, étaient les Canadiens : doués d'une constitution de fer, habitués aux voyages et aux dangers, ce sont d'excellents chasseurs et des coureurs d'aventures infatigables.

A la chambre, nous avions trois géologues, un botaniste, deux officiers de l'armée américaine et un jeune prince allemand et sa suite. La race indienne y était représentée par deux sauvagesses pur sang, dont l'une, fille d'un chef Pied-Noir, et mariée à un directeur de la Compagnie des Fourrures, est bien connue dans le haut Missouri pour l'heureuse influence qu'elle y exerce (...)

îles flottantes du Missouri

(...) Remontant péniblement contre un courant de 4 à 5 kilomètres à l'heure, nous passons devant les coteaux de Gasconnade, remarquables par leurs beaux rochers couverts de verdure ; puis viennent Jefferson-City, la capitale du Missouri, et Indépendance, où les Mormons, dans leur hégire, avaient établi leur nouvelle Sion et d'où ils furent chassés par les Missouriens.

Aujourd'hui cette petite ville est encombrée d'émigrants se rendant en Californie et un ferry-boat (bac) à vapeur traverse continuellement le fleuve, transportant d'une rive à l'autre une multitude de chariots, de nombreux troupeaux de bœufs et de chevaux, ainsi, que des milliers d'émigrants, hommes, femmes et enfants.

Après un temps d'arrêt causé par de nombreuses déceptions, une nouvelle épidémie de fièvre d'or venait de se déclarer : les fermiers vendaient leurs terres à vil prix, les hommes de loi abandonnaient leur étude ; négociants, ministres, presbytériens, méthodistes ou baptistes, tous endossaient la chemise de laine rouge et, le revolver à la ceinture, la longue carabine sur l'épaule, ils s'acheminaient en longues caravanes vers le nouvel Eldorado.

Les chariots d'émigrants, recouverts d'une large toile, sont arrangés à l'intérieur avec beaucoup d'ordre et de propreté ; c'est une cabane roulante que son propriétaire doit habiter pendant 6 ou 7 longs mois, et qu'il rend aussi confortable que possible.

Les pistolets et les carabines, arsenal indispensable à l'aventurier du Far-West, sont accrochés aux parois intérieures du chariot ; dans un coin est attaché le poêle en fonte que l'on installe à chaque campement, pour y cuire le biscuit. Çà et là sont aussi suspendus des outils et des ustensiles de ménage. On trouve dans presque toutes ces tentes roulantes quelques ouvrages d'histoire et de géographie, et toujours la Bible, ce compagnon inséparable de l'émigrant américain.

Quelques émigrants inscrivent extérieurement sur la toile leur nom et profession ; je lis sur l'un des chariots

J. B. SMITH, DENTISTE DE NEW-YORK
S'adresser au bouvier

Le bouvier n'était autre que le dentiste lui-même ; après avoir dételé ses bœufs et cuit son dîner, il passait un habit noir, et, comme les charlatans de nos foires, il faisait monter les victimes dans son chariot et leur arrachait les dents, sans douleur, moyennant la modique somme d'une piastre.

On me montre un grand chariot couvert d'une toile blanche à raies bleues et hermétiquement fermé. Il est habité, me dit-on, par 6 jeunes filles qui vont aux mines d'or y chercher des maris et une position indépendante. On les dit fort jolies, et surtout fort respectables, et la preuve de cette dernière assertion est qu'elles verrouillent chaque soir avec des épingles la porte de calicot qui ferme leur chariot (...)

cimetière indien Sioux

(...) Ce qui frappe le plus le voyageur remontant le Missouri, c'est l'immense quantité d'arbres énormes entraînés par le courant et qui, s'enfonçant dans le lit boueux du fleuve, présentent une pointe souvent à fleur d'eau et causent de nombreux et terribles naufrages.
Parfois, ces troncs d'arbres accrochés ensemble et amoncelés les uns sur les autres forment des îlots et couvrent une étendue de plusieurs milles, et c'est à peine si les bateaux peuvent se frayer un passage en faisant mille zigzags ; aussi est-il impossible de naviguer la nuit et, au coucher du soleil, le steamboat est solidement amarré à la rive.
Comme le pays est complètement inhabité et que l'on n'y trouve ni charbon, ni bois coupé d'avance, nos 80 hommes d'équipage, armés de haches, font un terrible dégât dans les vieilles forêts de cèdres ou de peupliers des deux rives.

Les compagnies qui ont pour but le commerce de pelleteries sur le territoire américain sont au nombre de deux seulement : la Compagnie Américaine (Américain fur Company) et celle de l'Opposition. La haine la plus invétérée existe entre les employés de ces deux compagnies, et ils ne reculent devant aucun moyen de se nuire mutuellement toutes les fois qu'il s'en présente l'occasion.
Un jour que nous passions devant un blockhaus ou poste d'hiver appartenant à la compagnie de l'Opposition, notre capitaine trouva charmant de débarquer tout son équipage et de démolir maisons, bastions et palissades ; le tout fut transporté à bord et brûlé dans la journée.
Quelques jours après, le bateau de l'autre Compagnie se vengea en renouvelant, sur un autre point, l'innocente plaisanterie de notre capitaine et détruisant complètement un poste d'hiver de la Compagnie Américaine.

 
camp d'Indiens sioux

Cette longue navigation devient fatigante et monotone ; jour après jour, nous remontons le grand fleuve et le volume d'eau qu'il roule sur son lit de vase semble augmenter sous notre carène, les îlots de troncs d'arbres sont moins nombreux, les épais massifs de cotonniers qui bordaient les rives font place à des prairies à perte de vue et, parfois, une colonne de fumée visible à l'horizon nous indique un campement d'Indiens.

Les nuits sont brûlantes ; dès que le bateau est amarré à la rive, des millions de moustiques envahissent le salon et les cabines. Alors, malgré la chaleur, il faut se ganter et s'envelopper la figure et le cou à grand renfort de foulards et de cache-nez...

Pour lire la suite, passionnante, se reporter aux pages "Documents" de l'excellent site indiqué ci-dessous.
 

 

 

Source : cette page a pu être écrite grâce à un site, très beau et très complet, entièrement consacré à Girardin. Pour le visiter, ce que nous vous conseillons, cliquez sur l'image :

 

 

la Dame Blanche de St Léger (??)

 

 

 

http://www.stleger.info