Piacé et son prieuré de Saint-Léger

 

 

Le document qui suit provient du numéro de janvier 2002 de "L'Echo de Piacé" :

Nous sommes en 1120, vous faites partie d'un petit groupe composé de quelques chariots tirés au rythme lent des bœufs.
A votre gauche, une petite église en pierres qui fait face à un château médiéval en bois assis sur un promontoire en terre : la Motte. La petite troupe est doublée par deux moines pressés qui comme vous se dirigent vers le Prieuré de Saint Léger où sonnent déjà les cloches qui les appellent pour la prière de sexte.
Sur votre droite, à la Gastine, vous apercevez un vaste chantier de défrichement et là-bas, en contrebas, un groupe de serfs creuse des fossés pour assainir les terres près du moulin de Bescherel.
Au fur et à mesure que vous avancez, le Prieuré devient plus visible et impressionnant, bordé dans sa partie sud d'une enceinte en pierre, juste au-dessus des vignes bien entretenues.
Votre groupe est envoyé par le maître de Courteaugis pour porter au Prieuré la dîme composée de froment, épeautre, méteil, avoine et vin. Denrées ô combien précieuses à une époque ou l'on récoltait le plus souvent 2 grains pour 1 grain semé.
Mais déjà, grâce aux techniques que les moines diffusent : assolement triennal, défrichement, drainage et labours multiples, les rendements augmentent sensiblement et, au fur et à mesure que le Prieuré s'enrichit, les domaines et les vilains qui en dépendent commencent à organiser une petite économie de marché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le Prieuré de Saint Léger

En 1090, Witerne, seigneur de Juillé, qui, à l'instar de beaucoup de ses contemporains, s'inquiète de sa vie dans l'au-delà, décide de prendre l'habit de moine et de rentrer à l'Abbaye Saint Vincent du Mans. Pour pouvoir entrer dans la communauté, Witerne de Juillé fait don à l'Abbaye d'un domaine sur la butte au dessus du bourg de Piacé, à condition que l'Abbaye y entretienne une communauté religieuse. Au début, elle se composera de 7 moines, avec à leur tête un prieur. Le Prieuré est fondé sous l'invocation de Saint Léger et fait partie d'un vaste réseau de domaines et autres prieurés qui participent à la toute puissance de l'abbaye bénédictine de Saint Vincent du Mans.

La dernière trace du Prieuré date de 1762. A l'époque, le prieur, qui devait être un laïc ou "convers", se nommait D. Mahé. Les moines, à la fin du XVIIIe, n'étaient plus assez nombreux pour occuper leur domaine déjà fortement réduit par les ventes. Par la suite, le prieuré deviendra une ferme du château de Bechereau.

La vie du Prieuré de Saint Léger pendant 7 siècles est connue à travers les nombreux procès qui opposèrent les moines au curé de la paroisse, concernant des désaccords pour la perception de la dîme (notamment Hubert en 1208). Celle-ci était collectée par les moines mais reversée pour un tiers au curé. Le jugement est le plus souvent à l'avantage du prieur qui représente les intérêts de la toute puissante Abbaye Saint Vincent, comme en témoigne un jugement de 1231 où la parole du prieur sera désormais suffisante pour contrer les soupçons, légitimes ou non, du curé. Un autre procès oppose l'Abbaye aux descendants de Witerne de Juillé qui veulent récupérer le domaine de Saint Léger.

De nos jours, "Saint Léger" se compose d'une chapelle du XIIIe et d'un corps de logis du XVe et XVIe. La chapelle fut construite à la même époque que l'église et le premier château de Bechereau, d'ou la légende d'un souterrain qui relierait les 3 monuments. Elle est rectangulaire (largeur 8 m, longueur 14 m), ses pignons furent abaissés de 3 m.

 

la chapelle Saint-Léger de Piacé

 

L'intérieur présente plusieurs ogives en pierres qui étaient il y a encore quelques années décorées par des peintures ocre rouge et jaune et des verts pomme et véronèse. Les murs étaient recouverts de fresques et représentation de saints. P. Cordonnier, historien, commente ainsi la chapelle : "Ensemble fin, délicat, charmant, qui surprend le visiteur peu habitué à rencontrer en pleine campagne d'aussi délicieuse architecture."
Le corps de logis est composé de trois niveaux hors sol et deux niveaux en sous-sol. Le logis possède un superbe escalier en vis à noyau de bois et marches de bois qui dessert le logement des moines ainsi que les greniers, celliers et caves.

 

la vie dans un prieuré bénédictin au Moyen-Âge

Aux environs du milieu du 1er millénaire, les monastères adoptent la règle de Saint Benoît qui précise les finalités de la vie monacale, les astreintes et l'emploi du temps. Les moines font vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
Par le vœu de pauvreté, le moine abandonne ses biens propres. Le vœu d'obéissance est dû à l'Abbé qui est censé tenir la place du Christ dans le monastère (Abba en syriaque ou Abbas en latin signifie Père, d'où Abbé et Abbaye).

A partir de la fin du 1er millénaire jusqu'à leur apogée au XIIIe, début de la guerre de Cent Ans, les abbayes s'agrandissent considérablement, grâce aux dons des seigneurs, gens d'églises et riches particuliers qui, soucieux de leur avenir dans l'au-delà, demandent aux moines d'intercéder en leur faveur par la prière. La vie des moines est organisée autour de cette tâche prioritaire. Les prières et messes sont au nombre de huit dans la journée, comme en témoigne le déroulement d'une journée :

 

0h30

Vigiles (prière)

2h30

recoucher

4h

aube - Matines (prière)

4h30

recoucher

5h45

lever définitif, toilette

6h

Prime (prière)

6h30

chapitre (ou réunion de la communauté des moines), prières : évangile commenté, présentation des comptes des responsables, problèmes disciplinaires

7h30

messe

8h15

messe privée ou travail

9h

Tiercé, messe conventuelle

10h45

travail

11h30

Sexte (prière)

12h

repas

12h45

sieste jusqu'a 13h45

14h

None (prière)

14h30

travail

16h30

Vêpres (prière)

17h30

souper léger, sauf les jours de jeûne

18h

Complies (prière)

18h45

coucher

 

De plus, les moines sont des hommes de science et souvent les seuls à maîtriser la lecture et l'écriture. Une de leurs tâches sera de recopier les manuscrits, bien avant l'invention de l'imprimerie. Le Moyen-Âge leur doit la plupart des avancées technologiques, et surtout la diffusion des nouvelles techniques. Ils se distinguent dans le domaine agricole en imposant le système triennal, mais aussi en défrichant de nombreuses terres, assainissant des marais et canalisant des cours de rivière. A une époque de disettes et de maladies, leur science permet de progresser dans la production de nourriture, mais aussi dans la maîtrise des soins basée sur une médecine des plantes notifiée dans les manuscrits.

Au cours des siècles, les Abbayes subirent l'invasion des Normands, parfois des seigneurs soucieux d'agrandir leur domaine, mais surtout elles deviennent, lors de la guerre de Cent Ans, des enjeux de combats et la proie facile et tentante des hordes de mercenaires errantes entre deux engagements. Les désordres des guerres, la création de nouveaux ordres (Dominicains, Franciscains, ...), la perte de contrôle, puisque au XlVe les Abbés sont nommés en fonction de leur influence politique par les seigneurs, et non plus élus par leurs pairs, auront raison de la rigueur bénédictine et de leur puissance. A la fin du XVIIIe, certaines abbayes bénédictines ne comptent plus que 4 ou 6 moines et leurs bâtiments en 1789 deviennent des prisons, casernes ou bâtiments administratifs.

 

 

 

carte écrite en 1963

 

 

Saint Léger au XXe siècle

Les aînés de Piacé se rappellent des rogations qui, lors d'une des trois journées, faisaient une halte à Saint Léger pour prier et bénir les statues. Ces trois statues en pierre sont celles de saint Laurent (peinte), un abbé ou évêque, et saint Léger. On raconte qu'un charretier, qui reculait une carriole de grain dans la grange, avait malencontreusement fait tomber une des statues. La nuit suivante, sa pouliche de trois ans est morte d'un mal inexplicable !

Le site de Saint Léger existait avant la création du Prieuré comme en témoigne la présence de fours à fer beaucoup plus anciens. Saint Léger était alors à mi-chemin entre le bourg et Moire la Haute, vaste domaine clos de 25 ha dont les origines remontent peut-être à l'époque gallo-romaine.

 

 

 

Piacé - vue aérienne 

 

 

juin 2012 - projet de Résidence Saint-Léger

 

 

Merci de fermer l'agrandissement.

 

 

http://www.stleger.info